Il est très intéressant de lire le livre de Laurence Beneux concernant la pédocriminalité dans notre pays (1).
Nous apprenons que ce sujet a été longtemps tabou, et lorsqu’en 2001 cette journaliste avait écrit un ouvrage sur le même sujet, il avait été accueilli très fraichement (avec beaucoup de méfiance, et d’interrogations).
Cependant différentes affaires actuelles (affaire Epstein, poupées vendues par des sociétés de correspondance…) doivent nous interpeller, et nous rappeler que la pédocriminalité est une réalité qu’il est nécessaire de combattre.
En reprenant les données fournies par la Ciivise (commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) nous devons nous rendre à l’évidence que cette pratique hautement condamnable a concerné plus de 160 000 enfants en France en 2025.
Nous devons de plus bien comprendre également que ces chiffres sont sous-évalués car un bon nombre de mineurs maltraités ne confient pas leur désarroi par honte ou peur des répercussions.
Ce qui est quelque peu triste, c’est de voir que les condamnations ne concernent que 1% des procès faisant suite à ces faits.
Il est fort à parier que dans les années qui vont venir, du fait du développement exponentiel de plateformes facilement consultables par les mineurs, la pédocriminalité a de grandes chances d’être bien plus importante qu’actuellement.
D’ailleurs les pouvoirs publics ont été à l’origine de la fermeture du site kidfix (il avait près de 2 millions d’utilisateurs) qui était un des acteurs de cette « cause » condamnable.
En parallèle dans certains pays, notamment asiatique, la pratique d’actes sexuels sur mineurs par des adultes est très répandu, et souvent les médias nous parlent de ce travers.
D’ailleurs il y a quelques années de cela un professeur de français avait défrayé la chronique en postant sur les réseaux sociaux des relations sexuelles qu’il avait eues avec un nombre incalculable de garçons asiatiques.
Les autorités de notre pays se sont quelque peu alarmées de cette situation, et sont fait épauler au moyen d’un organisme étatique qui traque les pédocriminels qui agissent hors de nos frontières.
Il s’agit de l’Ofmin (office des mineurs) qui a pointé le fait que ce type de délit ne cesse de croitre (+ 12 000% en dix ans).
Malheureusement le nombre d’agents affectés à cette quête est très faible (53 personnes).
Volonté affichée de ne pas intervenir, ou laxisme général ?
Des faits divers sont fréquemment mis sur le tapis pour informer de la triste réalité de pratiques sexuelles sur mineurs.
Les médias nous interpellent pour nous faire réagir, et souvent certaines histoires de chasse nous démontrent que nous manquons parfois de vigilance, ou de volonté d’aller plus en avant dans nos démarches.
Ainsi depuis quelques semaines on parle du personnel en charge du périscolaire au sein des écoles parisiennes avec des plaintes multiples, et des révélations qui nous donnent la nausée dès lors que nous apprenons que les coupables sont réaffectés vers d’autres structures similaires.
On accepte avec fatalité que certains agents possiblement responsables d’exactions sur des enfants puissent travailler avec ce même public dans d’autres unités.
Tout aussi important à souligner, et qui a donné froid dans le dos de nombreux français, l’affaire Le Scouarnec a secoué le monde médiatique.
Un chirurgien a profité de sa position (elle est considérée le plus souvent comme étant au-dessus de tout soupçon) pour violer des centaines de mineurs endormis.
Ce qui a choqué nos concitoyens a été la clémence relative de certains confrères ordinaux qui avaient des éléments concernant ses pratiques condamnables, pratiques qui auraient dû lui interdire une poursuite de son exercice professionnel.
On parle également souvent de l’omerta qui permet de ne pas mettre sous les feux des projecteurs des pratiques coupables sur des enfants au sein d’institutions pourtant considérées comme respectables (foyers de l’enfance, église).
Le livre de Mme Boneux met également en lumière certaines pratiques judiciaires qu’il est difficile d’approuver.
Ainsi certains juges pour enfants ordonnent le placement d’un enfant dénoncé par un mère vers le coupable : le père abuseur.
On utilise alors le terme judiciaire de « désenfantement », ce qui est très surprenant, et va bien au-delà d’une logique pourtant initialement très simple.
En fait les différents intervenants du monde de la justice souhaitent de cette manière obtenir la paix au sein de la famille.
Comme l’a bien expliqué le Pr Lejoyeux, la prise en charge pédopsychiatrique est souvent effectuée avec du retard du fait d’un manque de praticiens dans ce domaine.
Ce professeur s’est exprimé avec une totale liberté pour expliquer que « la pédopsychiatrie n’est pas un secteur rémunérateur, beaucoup préfèrent se lancer dans la médecine esthétique, bien plus lucrative ».
Nous ne devons pas oublier qu’un enfant violé est un enfant qui sera meurtri toute sa vie, et cela est d’autant plus difficile à vivre pour certains d’entre eux du fait d’un manque d’écoute ou d’empathie de la part de l’entourage et des pouvoirs publics.
De plus fréquemment cette situation est à l’origine d’un éclatement de la cellule familiale du fait d’une culpabilisation plus ou moins affichée.
Au sein du cocon familial il existe dans de nombreux tabous concernant le partage, et la prise de conscience de cette problématique.
En étant des professionnels de santé, nous sommes les acteurs de premier rôle pour intervenir sur les conséquences de la pédocriminalité, mais parfois nous (je me sens également concerné) ne sommes pas à la hauteur car nous n’avons eu l’écoute adaptée pour évaluer un comportement parfois anormal de l’enfant qui aurait dû nous interpeller.
« Chaque enfant brisé est une lumière éteinte. La société qui laisse faire se condamne elle-même à l’obscurité » Kelly Christine.
(1). Beneux Laurence. Pédocriminalité, l’hypocrisie française. Ed Le Cherche Midi 2026.