Une professeur des écoles (on ne parle plus d’instituteur qui est un terme désuet, mais cela ne change pas le rôle de ce professionnel) se présente au cabinet médical afin de partager son ressenti, mais également ses difficultés vis-à-vis de la prise en charge de plusieurs élèves de sa classe.
Cette dernière déprimée, et harassée, nous explique ne plus pouvoir travailler dans des conditions optimales afin de dispenser son enseignement.
En fait un élément perturbateur dans sa classe la contraint de rester vigilante, et de ne pas répondre aux insultes qu’il profère à son égard.
Malgré un signalement aux parents qui ne comprennent pas l’attitude de cette professeur des écoles (ils ne remettent nullement en défaut le manque d’éducation de ce dernier), mais aussi sa hiérarchie qui reste muette à ses réflexions, cette dernière se demande dans quelles conditions il lui sera possible de continuer à travailler.
Ce cas de figure n’est pas isolé, et nous incite à avoir une pensée quelque peu nostalgique (pour les personnes les plus âgées) vis-à-vis de l’évolution de notre société.
Il est vrai qu’il y a 60 ans de cela l’instituteur était respecté, l’élève écoutait sagement l’enseignement de ce professionnel, et des sanctions pleuvaient dès lors qu’un « agitateur public » pour se rendre intéressant essayait de distraire la classe.
Souvent ce récalcitrant portait un bonnet d’âne, et en revenant chez lui ses parents lui donnaient un châtiment proportionnel à l’importance de sa faute.
De telles réprimandes ne sont plus d’actualité, et sont même condamnées par des associations « bienveillantes », ou « des beaux parleurs » qui sont des philosophes le plus souvent, venant en soutien à nos chérubins.
Les leçons de morales que les instituteurs lisaient aux élèves à la fin de la journée de cours sont mises au rancard depuis plus de 20 ans, car elles ne correspondaient plus aux attentes des inspections académiques.
Le résultat de ces changements est le manque d’attractivité d’un métier autrefois vénéré (dans certains départements il est difficile de recruter ces professionnels), celui d’enseignant, et l’opprobre des pouvoirs publics vis-à-vis du soignant qui se « permet » de majorer ses statistiques concernant les arrêts de travail de ces personnes qui ne sont plus soutenues comme auparavant.
Le médecin est aussi sur la sellette dans ce cas de figure car il se fait convoquer par le service médical de la caisse d’assurance maladie pour montrer qu’il n’est pas un « bon élève » du fait de son comportement suite à certaines dérives acceptées au sein de la société.
Après tout il est simple de trouver un bouc émissaire, surtout lorsqu’on n’a pas le courage d’intervenir pour devenir impopulaire.
Parallèlement, et pour faire bonne figure, nos chers agents de l’inspection académique assis derrière leurs bureaux se sont penchés sur le comportement parfois difficilement contrôlable des élèves.
Ils ont eu la bonne idée, pour résoudre cette problématique, de charger la mule des soignants en présentant dans les cabinets médicaux de nombreux parents.
Ces derniers, souvent rassurés par le diagnostic réalisé à l’école, nous demandant des prises en charge orthophoniques pour leur progéniture dyslexique, dysorthographique….
Nous devons régulièrement rédiger des rapports pour attester des difficultés de ces élèves (on donne du temps supplémentaire pour passer certaines épreuves), mais en aucune manière on ne s’est penché sur les conséquences professionnelles engendrées par cette faveur.
On oublie trop facilement que l’enfant doit aussi être éduqué par ses parents, l’école n’étant qu’un support venant en complément des connaissances apportées par la famille.
Les valeurs autrefois inculquées par notre système éducatif sont trop souvent oubliées, et en tant que professionnels de santé nous sommes de plus en plus souvent confrontés à des difficultés de la part des enseignants, et parfois des parents (nous ne devons pas heureusement mettre tous les parents dans le même sac) excédés qui ne comprennent plus comment leur école a des difficultés à dispenser un enseignement de qualité.
Il en est de même lors de nos consultations où nous voyons fréquemment un manque sidérant d’éducation des enfants qui ne respectent pas le matériel du cabinet, et sous les yeux des parents muets s’emparent des otoscopes, et des stéthoscopes.
Nous sommes souvent obligés d’intervenir pour nous substituer à la mère ou au père impassibles vis-à-vis d’un comportement inadapté.
Des actes parfois répréhensibles de jeunes que les médias soulignent très régulièrement
La conséquence de tels dysfonctionnements, et d’un manque de fermeté de la part des pouvoirs publics, est responsable de certaines dérives inacceptables.
Nous le voyons très régulièrement avec le partage de certains faits divers concernant des adolescents qui poignardent des enseignants, ou des camarades.
Il est certain que l’évolution technologique, même si elle a certaines qualités, a parfois certains travers.
Ainsi les réseaux sociaux incitent certains jeunes à partager certains « exploits » choquants car ils n’ont aucun scrupule à molester des camarades, ou même dans certains cas des personnes en état de faiblesse.
Parallèlement, et malgré de nombreux reportages, nous avons pu voir que les jeunes placés dans des foyers ont un encadrement minimaliste, ce qui conduit à des dérives pour certains d’entre eux.
Alors que le Cour des Comptes fustige régulièrement l’envolée des dépenses publiques qui ne fait en aucune manière sourciller l’exécutif, il semble nécessaire de supprimer certaines commissions très dispendieuses et dont l’utilité est sujette à caution.
A contrario, alors que trop régulièrement les foyers de l’aide à l’enfance sont montrés du doigts, il serait important que leur donner plus de moyens.
Près de 344 000 enfants ont été placés dans ces structures en 2022, et seuls 12% obtiennent le baccalauréat.
Nombreux sont ceux ayant fréquenté autrefois ces établissements qui ont des difficultés concernant leur insertion sociale.
Ces jeunes doivent être soutenus, et malgré des restrictions budgétaires, des solutions doivent être trouvées pour assurer un nouveau départ dans la vie de ces adolescents en grande difficulté.
Pour ce faire, il est impératif de trouver rapidement des solutions avec le concours d’adultes chevronnés (les mentors) qui peuvent leur donner l’impulsion nécessaire pour améliorer leur condition de vie.
Cette idée n’est pas récente, et elle est mise en pratique avec 3 000 mentors bénévoles répertoriés actuellement, ce qui n’est pas suffisant.
Alors que l’offre associative ne cesse de se majorer au sein des villages et des villes, les adultes, et les ainés, peuvent être d’une très grande utilité pour soutenir ces jeunes qui méritent pour certains une main tendue.
Encore faut-il que nos chers énarques puissent adhérer à ce concept, ce qui n’est aussi sûr que cela !
On n’a aucun scrupule à demander aux étudiants en médecine de venir aider bénévolement les soignants des services des urgences en période de canicule, alors pourquoi ne pas faire de même avec les autres citoyens ?
« L’éducation est l’arme la plus puissante que vous puissiez utiliser pour changer le monde » Nelson Mandela