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Une évaluation du prix du paracétamol source de polémiques

Très récemment il a été discuté d’une réduction du prix du paracétamol de 10 centimes par boite par les pouvoirs publics.

Cette molécule est très prisée par les français qui l’utilise grandement, et sans aucune crainte.

Il est vrai que ce médicament est souvent prescrit par les professionnels de santé, et il est même possible de s’en procurer sans ordonnance.

De nouvelles réglementations ont imposé, il y a quelques années de cela, à l’industrie pharmaceutique de réduire le nombre de comprimés dans chaque boite.

Le but de cette action est avant tout d’éviter toute intoxication (la prise d’une quantité trop importante est toxique pour le foie avec dans certains cas une nécessité de transplantation) qu’elle soit volontaire ou non.

Le paracétamol est devenu une médication incontournable au sein des foyers, et tous les patients connaissent parfaitement bien cette molécule ; souvent sous un nom de marque (il est étonnant de voir qu’il est difficile de changer certaines habitudes à ce niveau) qu’ils affectionnent particulièrement.

Il est parfois amusant de noter que sous le nom de paracétamol, l’efficacité ressentie par les patients des traitements administrés (elle ne concerne bien entendu que le paracétamol) varie en fonction du laboratoire qui les commercialise.

Cela nous montre également le fait que cette substance chimique peut être à l’origine de nombreuses discussions en fonction de la galénique proposées, mais aussi de la marque de cette substance.

Toujours est-il qu’il est intéressant de voir la réaction des pouvoirs publics vis-à-vis du paracétamol.

Afin de palier au déficit abyssale de notre système de santé, il est nécessaire de trouver des solutions pour économiser, et tenter de résorber cette dette devenue intenable.

L’industrie pharmaceutique est, dans ce cas de figure, souvent mise à contribution sur un plan financier pour réduire les déficits de nos organismes sociaux.

De ce fait elle doit réduire son chiffre d’affaires sur certains principes actifs pour contenter nos chers énarques.

En ce qui concerne le paracétamol, qui est une molécule qui représente 371,6 millions d’euros en 2024 de prise en charge par les organismes sociaux, ce n’est pas le poste sur un plan pharmaceutique qui est le plus coûteux.

En effet les traitements oncologiques représentent 7,1 milliards d’euros, et concernent bien moins d’assurés sociaux.

Il est intéressant à ce titre de noter que le paracétamol est prescrit à 42,5 millions d’assurés, ce qui est considérable !

Par ailleurs, comme le communique la sécurité sociale, deux traitements sont prescrits chez un petit nombre de patients, et la dépense engendrée par cette administration représente 400 000 euros chaque année.

Tout cela pour dire que le paracétamol est la molécule la plus prescrite en France (je pense que dans les autres pays européens cela est assez superposable), et son coût est dérisoire compte tenu des dépenses engendrées par certaines thérapeutiques dont l’administration est parfois contestable (cas notamment de chimiothérapie dites « de confort »).

Nos têtes pensantes (notre président est de ceux-là) ont voulu montrer leur chauvinisme en ce qui concerne la production du paracétamol.

Ces politiques savent que cette molécule est très prisée par nos compatriotes.

C’est ainsi qu’ils ont proposé de délocaliser la production des principes actifs de cette molécule tant convoitée par nos concitoyens.

Une telle décision est amusante, et ce d’autant plus que la marge actuelle imposée par les pouvoirs publics est de 0,76 euros par boite (prix de revient sans les taxes), ce qui est très faible.

Comment, dans de telles conditions de prix, vouloir délocaliser la production de paracétamol sachant que le coût engendré par une production en France est 60% plus important que celui faisant suite à une production asiatique ?

Comme l’a communiqué France Info par le biais d’un économiste : « les investissements liés à la délocalisation ne peuvent être amortis qu’avec une hausse du prix du paracétamol ».

Et c’est de là que vient le paradoxe voulu par l’exécutif : on veut délocaliser, mais on ne prend pas conscience du coût du travail en France.

Cette volonté de réduire les prix de nos médicaments (je ne parle pas uniquement du paracétamol) est à l’origine d’une défiance de l’industrie pharmaceutique (cela concerne également les génériqueurs).

Cette manière de se comporter à ce niveau est responsable de pénuries récurrentes en ce qui concerne la production de certaines molécules qui sont pourtant très utiles pour les professionnels de santé.

Quelle utilité pour le paracétamol ?

Il est intéressant de regarder les réactions de nos concitoyens dès lors que l’idée d’un éventuel déremboursement du paracétamol est soulevée (cela n’est actuellement pas acté bien entendu).

Certains expliquent sur des forums que ce traitement est une molécule de confort, et qu’il est souhaitable d’accepter qu’elle ne soit plus prise en charge par les organismes sociaux.

Cette réaction n’émane pas d’un seul individu, car nous pouvons voir sur les réseaux sociaux un partage identique d’opinions sur ce sujet.

Or nous oublions l’importance de cette molécule pour les professionnels de santé :

  • Chez les jeunes enfants son administration permet de réduire l’hyperthermie qui peut engendrer chez les plus petits une déshydratation pouvant être dans certains cas mortelle
  • Chez les adultes son utilisation dans le domaine rhumatologique favorise une réduction des douleurs articulaires, et évite un recours trop fréquent aux anti-inflammatoires néfastes à moyen terme pour la santé des patients
  • Dans le domaine oncologique le recours au paracétamol est fréquent dès lors qu’une chimiothérapie est entreprise, cela pour assurer le confort du patient. Il est souvent très difficile pour le malade d’accepter sa pathologie cancéreuse, aussi il est nécessaire pour les soignants d’œuvrer pour ne pas majorer les conséquences de traitements déjà difficilement supportables. Dans ce cas le paracétamol permet de palier à certains effets très difficilement supportés

Tout cela pour affirmer une nouvelle fois que le paracétamol est une molécule très utile pour les professionnels de santé, et qu’il est nécessaire de ne pas donner une image négative de ce médicament.

Nos chers énarques devraient se pencher sur d’autres postes que la réduction du prix du paracétamol pour faire des économies en matière de santé.

Mais en ont-ils réellement la volonté ?

Dr Pierre Frances

Médecin généraliste des Pyrénées Orientales depuis plus de 25 ans, mon travail s'axe sur plusieurs éléments: - La prise en charge des patients de mon secteur géographique - L'écoute et le soin des plus démunis au sein de 3 structures dédiées aux sans domicile fixe Très heureux, et passionné par mon métier, je peux de cette manière partager cette expérience avec des étudiants, mais aussi d'autres professionnels par le biais d'articles régulièrement rédigés

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