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La passion pour son métier, ça existe…

Très fréquemment, et en tant que professionnels de santé, nous sommes au décours de nos consultations confrontés à des situations parfois quelque peu perturbantes.

Des salariés, des chefs d’entreprises, sont en proie avec des difficultés existentielles, et n’ont plus de foi dans leur métier.

Ils partagent leur désarroi avec les soignants, et demandent pour certains une aide psychologique.

Il est vrai que des contraintes inhérentes aux conditions d’exercice professionnel, des conflits au sein des entreprises, ou une lassitude vis-à-vis d’un métier nécessitant une répétitivité des tâches, peuvent être responsables de difficultés pour poursuivre le travail pour lequel le salarié devrait évoluer.

De ce fait, outre l’écoute le plus souvent empathique que nous pouvons avoir ces personnes en détresse, nous sommes avec de plus en plus de difficultés (les pouvoirs publics déchargent leur responsabilité dans ce domaine sur les soignants) amenés à rédiger un arrêt de travail du fait de contrôle potentiels.

Les relations de ce fait entre patients et soignants sont quelque peu modifiées suite à des contraintes administratives de plus en plus stressante pour le soignant.

Il est aux premières loges, et peut également être dans la même situation que le patient.

Par ailleurs notre compréhension par rapport à ces situations de détresse est souvent difficile car nous n’avons pas nécessairement toutes les cartes en main pour juger de la complexité de la situation vécue par le patient.

En effet en plus des difficultés sur un plan professionnel, et tout comme la cerise sur le gâteau, des conflits familiaux (divorce le plus fréquemment) peuvent également se surajouter.

D’autre part, et ce qui n’arrange pas également ce cas de figure, l’individualisme de notre société majore la déprime du salarié.

Alors que par le passé il existait une entraide entre voisins, nous voyons actuellement souvent une absence de relation avec les personnes qui sont les plus proches.

Il est vrai qu’en tant que professionnels de santé nous avons comme rôle de « pousser dans ses retranchements » le patient afin de mieux appréhender ses problèmes, et de ce fait mieux les prendre en charge.

De cette manière il est parfois possible de redonner de la confiance au salarié qui s’est enfermé dans sa bulle du fait de ses difficultés professionnelles.

Il est vrai que ce « travail » de la part du médecin généraliste (c’est lui qui est en première ligne dans ce cas de figure) est parfois difficile pour plusieurs raisons :

  • Le manque de temps pour avoir une écoute de qualité avec le patient
  • Les difficultés pour comprendre une situation parfois complexe avec des non-dits de la part des patients
  • La prise en compte de sanctions éventuelles, et de mesures très vexatoires, en cas de non-respect des règles imposées par nos organismes sociaux qui souhaitent réduire leur déficit

Un épanouissement au travail de certains français

A contrario, nous voyons très régulièrement des personnes qui sont très heureuses de poursuivre au-delà de l’âge de la retraite leur activité professionnelle.

Bien entendu je ne souhaite pas par mon discours parler des politiques qui repoussent allègrement leur départ du fait d’une attractivité qui n’est pas forcément liée à la passion du métier, mais du citoyen lambda.

Dernièrement en consultation une patiente en villégiature dans notre station balnéaire a fait partager sa satisfaction de poursuivre son activité professionnelle.

Cette dernière, âgée de 77 ans, est professeur de littérature dans une classe préparatoire.

Elle a expliqué que sa mise à la retraite a été un choc pour elle.

Un école préparatoire privée lui a demandé sa participation pour donner des cours aux élèves de deux classes.

Elle a été ravie d’intervenir dans ce cadre, et son intervention permet de conforter les acquis de certains élèves.

Comme elle nous l’explique elle se sent très utile dans ce cadre, et cette nouvelle fonction lui permet de rompre la monotonie qu’elle éprouve au quotidien.

Récemment également en étant en visite dans un petit village côtier très touristique où j’ai passé ma jeunesse, et où je me ressource régulièrement, j’ai pu rencontrer la propriétaire d’un manège enfantin.

La vision de cette personne m’a quelque surpris car j’ai près de 60 ans, et tout petit j’ai fréquenté cette attraction réservée aux moins de 10 ans.

Mes enfants ont également pu monter sur l’éléphant, la moto, différentes représentations de ce manège qui font les beaux jours de cette foire aux plaisirs.

Arrivé en fin de soirée devant cette attraction, j’ai pu converser avec cette dame qui a plus de 80 ans, et qui continue « d’enchanter » les enfants avec son manège.

Nous avons pu converser durant plus de 30 minutes pour nous rappeler des années passées, comme la madeleine de Proust selon cette dernière.

Ce qui est passionnant dans ce cadre, c’est le fait que cette dernière a expliqué que son manège c’est sa vie, et sa passion.

Pour cette personne il n’est pas concevable de ne pas poursuivre son activité professionnelle qui est une manière également d’avoir des contacts avec des parents, et de sonder leurs angoisses, et leurs interrogations vis-à-vis de leurs enfants.

On ne peut que comprendre cet attachement viscéral vis-à-vis de ce métier qui donne de la joie, et du plaisir.

L’amour de son travail existe également dans d’autres professions, et peut également s’observer dans toutes les professions.

Il n’y a pas de sots métiers, et la manière de concevoir sa tâche permet dans certains cas de vivre un épanouissement dans sa vie quotidienne.

Au-delà de cet aspect des choses, il n’est pas exceptionnel de voir certaines personnes qui ont été, du fait de leur âge, mis à la retraite.

Certaines d’entre elles vivent mal cet état de fait qui change totalement leur quotidien, et les éloignent d’une vie sociale qu’ils appréciaient.

Comme quoi, le travail est peut-être synonyme de santé…

Dr Pierre Frances

Médecin généraliste des Pyrénées Orientales depuis plus de 25 ans, mon travail s'axe sur plusieurs éléments: - La prise en charge des patients de mon secteur géographique - L'écoute et le soin des plus démunis au sein de 3 structures dédiées aux sans domicile fixe Très heureux, et passionné par mon métier, je peux de cette manière partager cette expérience avec des étudiants, mais aussi d'autres professionnels par le biais d'articles régulièrement rédigés

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