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Répression sanglante

Depuis quelques mois nous assistons à des manifestations de rue en Iran

La population a souhaité, et souhaite, exprimer de cette manière sa haine vis à vis du pouvoir des Mollahs.

Il est vrai que les iraniens du fait de sanctions économiques, mais également d’une politique dictatoriale, éprouvent des difficultés à vivre convenablement.

L’inflation qui est omniprésente depuis quelques années en Iran est à l’origine d’une paupérisation d’une grande frange de citoyens de ce pays.

Cette situation, conjuguée à la prise en conscience des avantages sur un plan pécuniaire des religieux au pouvoir, a été l’étincelle qui a été responsable d’une réaction de défiance vis-à-vis du pouvoir.

En fait, et grâce aux réseaux sociaux qu’il est difficile de museler, la population prend conscience du train de vie luxueux des guides de la révolution et de leur famille qui se pavanent sans aucune retenue.

Leur progéniture n’a pas de honte de poser avec des tenues vestimentaires pas nécessairement en adéquation avec les standards acceptés par la police de mœurs.

D’ailleurs, conscients des conséquences éventuelles d’une intervention militaire internationale, les caciques du pouvoir sont en train de faire transiter vers des paradis fiscaux leur fortune qui est colossale il faut le dire.

Ils prennent conscience de leur avenir qui ne sera pas nécessaire facile à court ou moyen terme.

Ces richesses (le pétrole surtout) sont partagées intelligemment avec les Pasdarans.

Les Pasdarans sont « les gardiens de la révolution » agissant sous le contrôle du guide suprême iranien.

On assimile cette organisation, très bien agencée pour éviter tout débordement, à un organe de répression très sanguinaire.

Elle a pour rôle de maintenir l’ordre avec un zèle hors du commun.

Comme certains politologues l’ont souligné, les Pasdarans agissent en ayant un pouvoir colossal (un Etat dans l’Etat).

Il est vrai qu’ils récoltent les bénéfices de leurs actions répressives, et souvent très agressives vis-à-vis de la population.

En fait ces derniers captent une partie des bénéfices de l’exploitation du pétrole.

De plus ils contrôlent les mouvements portuaires (notamment le commerce avec les marchandises qui sont pour certaines illégales), et ont un droit de regard sur le travail des entreprises du bâtiment.

Enfin le secteur des télécommunications est géré par les Pasdarans qui peuvent à tout moment agir en menaçant d’une censure tel ou tel réseau d’information.

Au total en Iran le pouvoir des Mollahs, et les gardiens de la révolution tiennent d’une main de fer la population pour éviter tout débordement.

Accepter des concessions en matière de liberté, c’est aussi un moyen de réduire le pouvoir de cette caste qui s’enrichit sur le dos des citoyens.

C’est la raison qui a conduit cette « élite » à adopter un comportement très répressif vis-à-vis des émeutes conduites par certains iraniens.

On ne peut pas tuer, ou torturer, en toute impunité ses propres frères

De nombreuses réactions sur un plan international ont condamné des actions liberticides, et meurtrières des gardiens de la révolution.

Plus de 10 000 morts (ce chiffre est probablement sous-évalué) ont été comptabilisés à la suite des mouvements de fronde vis-à-vis du pouvoir.

De véritables massacres avec des tirs nourris sur les manifestants ont pour cadre les grandes villes du pays comme Ispahan.

Selon certains témoignages de tireurs juchés sur les toits n’ont pas eu de scrupules de tuer avec leurs armes les manifestants.

D’ailleurs le chef du pouvoir judicaire (Gholamhossein Mohseni Ejei) a bien expliqué que « le sang appelle le sang ».

Afin d’éviter toute possibilité de rassemblement, et pour mater toute idée de rébellion, les dirigeants ont décidé d’intervenir sur les réseaux sociaux pour les museler.

Des sanctions par ailleurs pleuvent pour tout contrevenant ayant l’outrecuidance de se connecter par le biais de starlink.

Toute désobéissance par rapport aux recommandations des directives du guide suprême est susceptible de conduire à une incarcération.

Les iraniens désobéissants sont poursuivis pour moharebeh (guerre contre dieu).

Ils peuvent ainsi, suite à procès très expéditifs avec des juges de connivence avec le pouvoir, être exécutés par pendaison.

Ces pendaisons sont le plus souvent publiques pour que la population puisse comprendre  la sanction à laquelle ils peuvent être exposés en cas désobéissance.

Ce qui doit également nous donner froid dans le dos, est la position de la police vis-à-vis du corps médical.

Les médecins ont toujours eu la volonté de soigner les patients, et ce quelle que soit leur obédience sur un plan politique.

Malheureusement les Pasdarans sont aux aguets, et n’acceptent pas que des soins puissent être prodigués aux contestataires du régime.

Pour arriver à leurs fins, ils agissent :

  • En arrêtant les médecins qui interviennent pour panser les plaies des manifestants. Près d’une dizaine de professionnels de santé ayant honoré le serment d’Hippocrate ont été mis en prison dès lors qu’ils ont apporté leur aide aux « infidèles »
  • En s’infiltrant comme des civils dans les unités médicales pour embarquer les patients qui avaient participé aux rassemblements
  • En prononçant des peines de mort à l’égard de certains chirurgiens (cas d’Alireza Golchiri) qui ont proposé gracieusement leur service aux blessés contestataires

Bien entendu les soignants ont toujours recours à des ruses pour soigner leur prochain.

Pour ce faire ils n’hésitent pas à dissimuler la véritable identité des patients, et parfois ne mentionnent pas les causes réelles de l’hospitalisation des patients (terme de blessure par balle remplacé par celui de corps étranger).

Certains professionnels de santé au péril de leur vie reçoivent sur des sites distincts de ceux classiquement dédiés aux soins les blessés.

Ils agissent néanmoins avec une grande prudence pour éviter toutes représailles à leur égard ou concernant leur famille.

Nous pouvons également féliciter les soignants qui ont accepté de donner leur sang pour sauver des compatriotes.

Ces témoignages nous montrent que les médecins sont des professionnels attachés à des valeurs qui vont bien au delà des risques qu’ils peuvent prendre pour sauver leurs patients.

Au final l’Iran est en train de vivre une guerre civile qui, quelle que soit la finalité, aura dans un avenir proche des conséquences sur ce pays autrefois très riche sur un plan culturel.

Ce que nous devons retenir de ce conflit ayant pour théâtre un pays avec une histoire qui faisait autrefois pâlir l’occident, c’est le fait qu’une petite  oligarchie sous des prétextes religieux n’a pas de honte à s’enrichir et éliminer toute contestation.

L’Homme nous montre qu’il est capable d’éliminer son prochain, sans aucun remord, pour assouvir sa soif de suprématie.

Je termine mes propos avec cette citation quelque peu illusoire :

« Toute classe qui aspire à la domination doit conquérir d’abord le pouvoir politique pour représenter à son tour son intérêt propre comme étant l’intérêt général » Karl Marx.

Dr Pierre Frances

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