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Que penser des infections engendrées par les Hantavirus ?

Depuis quelques jours les médias nous livrent le récit concernant l’évolution des pérégrinations de passagers confinés sur un paquebot de croisière.

Le virus Hantavirus a été identifié sur un des passagers, et les risques infectieux liés à une contamination interhumaine a été à l’origine de cette décision radicale (elle a été prise rapidement il faut le dire).

Bien entendu l’idée d’une nouvelle épidémie superposable à celle due à la COVID-19 a été responsable de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux, et a généré des comportements de peur de la part d’une frange de la population.

Ce qui est quelque peu dérangeant, c’est que les canaux d’information sur ce sujet mettent en ligne des messages qui sont parfois contradictoires.

Il est vrai que depuis quelques années nous avons la possibilité d’être acteur et spectateur sur certains sites, cela sans être de réels experts en la matière.

De ce fait certaines publications ne sont pas crédibles, et peuvent dans une certaine mesure contribuer à favoriser un état de stress auprès de nos compatriotes.

Cette situation est d’autant plus aisée à être prise en compte par certains français, que la prise en charge de la pandémie liée à la COVID-19 a été à l’origine de nombreuses critiques.

Les pouvoirs publics ont, je l’espère, pu prendre conscience des erreurs du passé pour éviter de créer un vent de panique auprès de la population.

Ce que nous savons, et de quelle manière nous agissons en ce qui concerne le cas actuel de contamination par un Hantavirus

Des sites fiables émanant des différentes agences étatiques nous permettent d’avoir une information sur laquelle nous pouvons nous baser.

Il est certain qu’il faut être capable de se frayer un chemin dans la « jungle » des sites proposés, mais cette démarche est indispensable pour avoir des idées claires sur le sujet.

Tout d’abord en ce qui concerne l’épisode actuel observé, il est en relation avec une contamination due à un rat pygmée à longue queue (Oligozyzomys longicaudatus) qui vit en Amérique du sud.

Le patient zéro (premier patient contaminé) a pu se contaminer par des inhalations d’aérosols provenant de la salive, ou des déjections de cet rongeur.

Il est admis par les autorités chargées de l’enquête sur cette affection, que le couple (la femme du sujet zéro a été également atteinte par cette virose) décédé par ce virus avait été contaminé avant son embarquement sur le bateau.

Le virus contracté en Amérique du sud est à l’origine de complications cardiaques et pulmonaires.

Plusieurs éléments doivent être soulignés :

  • Le fait que la période d’incubation (période entre le moment où le patient est contaminé, et période où les manifestations cliniques sont observées) de cette virose est assez longue (parfois plus de 2 mois)
  • Le fait que la contagiosité semble assez faible
  • Que cette infection a déjà été responsable d’une flambée épidémique en 2020 en Patagonie avec 34 cas identifiés avec 11 décès

Néanmoins la ministre de la santé a réagi rapidement en expliquant qu’il n’y a pas de réelle épidémie, et que la prise en charge sur le paquebot a été adéquate avec des professionnels spécialistes dans le domaine de l’infectiologie.

Comme l’ont souligné de nombreux professionnels de santé, mais aussi syndicats médicaux, nous ne pouvons pas critiquer Mme Rist qui a rapidement pris en compte l’importance de communiquer de manière objective sur ce sujet.

Cette dernière, du fait probablement des erreurs précédentes, a assuré que les stocks de masques étaient suffisants pour pouvoir assurer une protection durant 3 mois.

Parallèlement l’isolement des cas contact a été exigé, et des tests ont pu être effectués sur les personnes potentiellement contaminés.

Cependant, cette stratégie de précaution n’est malheureusement pas celle qui est adoptée par tous les pays.

Une nécessité de s’atteler à un combat vis-à-vis d’infections virales due à des contaminations par les animaux

Il y a quelques jours de cela Caroline Semaille (il s’agit de la directrice de Santé publique France) expliquait que les études réalisée sur le sujet des viroses transmises par les animaux étaient limitées.

De ce fait il sera important dans un futur plus ou moins proche de travailler sur ce sujet afin de mieux prendre en charge les patients.

Quid d’une majoration conséquente du financement par les pouvoirs publics dans ce domaine ?

Le Quotidien du Médecin a également, sur son site, mis en lumière le fait que les budgets alloués à l’OMSA (Organisation mondiale de la santé animale) sont ridicules (ils représentent 0,6% des dépenses mondiales de la santé).

Or nous ne devons pas perdre de vue que 60% des maladies infectieuses humaines sont dues à des animaux.

Comme l’a souligné la directrice de l’OMSA (Emmanuelle Soubeyran), ce sous-investissement ne permet pas d’avoir des actions de prévention pourtant peu coûteuses par rapport à des actions curatives réalisées en urgence.

Paolo Tizzani (épidémiologiste vétérinaire à l’OMSA) a expliqué de manière tout à fait juste qu’une absence de financement correct peut être responsable d’un dépistage de certaines maladies transmises par les animaux trop tardivement.

De ce fait les conséquences individuelles et collectives peuvent être énormes.

De plus, et nous avons pu le constater du fait d’une couverture importante par les médias, la dermatose bovine a été responsable de l’abatage de nombreux cheptels alors qu’il n’y avait pas de risques de transmission humaine.

Outre les conséquences économiques induites par les directives européennes  concernant cette pathologie touchant les bovins, le principe de précaution demeure parfois sujet à cautions.

Comme l’a mis en évidence l’OMSA la transmission des pathologies infectieuses par les animaux sauvages ne cesse d’augmenter.

Cela est dû au fait que les menaces écologiques (modification notamment des lieux de vie avec la déforestation, ou le braconnage) concernant animaux sont de plus en plus importantes.

D’autre part le mode de vie de nos concitoyens (voyages vers des destinations parfois très éloignées) participe à une augmentation des contaminations observées.

Dr Pierre Frances

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