Très régulièrement nous sommes confrontés à certaines situations assez sidérantes où des patients nous demandent de rechercher dans les dossiers mis à leur disposition à l’extérieur du bureau certains documents.
D’autres souhaitent que nous indiquions sur les boites l’heure de prise des traitements, cela en y associant des représentations des différentes périodes de la journée.
Parfois nous nous rendons compte que certaines personnes font mine de comprendre nos propos, mais en fait, et malgré l’utilisation d’un langage que nous jugeons simple, ils sont déboussolés par nos paroles pourtant assez simples.
Des demandes de rédaction de documents administratifs par certains nous surprennent à plusieurs titres :
- Ces papiers ne nous concernent pas directement
- Ils nous conduisent à une certaine perplexité du fait de demandes peu élaborées et faciles à comprendre en théorie.
Souvent le professionnel de santé est sollicité du fait de son empathie pour rédiger de tels documents, et de ce fait changent de casquette pour devenir des assistantes sociales.
Ces différents comportements arrivent, parfois tardivement, à nous alerter sur une situation que nous pensons inconcevable : l’existence d’un illettrisme au sein de la population.
Cet état de fait est fréquemment à l’origine, sur un plan médical, à des incompréhensions avec le professionnel de santé.
Par voie de conséquence dans certains cas des erreurs (traitement mal administré le plus souvent) dans la prise en charge de certaines pathologies peuvent compromettre la santé des patients.
Une réalité qui est quelque peu déstabilisante
En fait, et en regardant les photographies réalisées par Jérémy Lempin, et exposées à VISA 2026, nous ne pouvons qu’être surpris par certains clichés représentant des citoyens ayant des difficultés à lire, et à comprendre les demandes formulées par écrit.
En France 1,5 millions de personnes ayant été scolarisés (l’école est obligatoire pour tous, nous ne devons pas l’oublier) sont en situation d’illettrisme.
L’illettrisme désigne la situation d’une personne qui a bénéficié d’apprentissages, mais n’a pas acquis, ou a perdu la maîtrise de la lecture et de l’écriture, en raison notamment d’apprentissages trop fragiles.
Ce qui doit nous alerter, c’est le fait que 937 000 jeunes ayant entre 18 et 29 ans ont des difficultés dans la compréhension de certaines fonctions de base.
Il y a des décennies de cela l’armée permettait chez les hommes de dépister l’illettrisme, et son rôle était d’intervenir auprès de ces jeunes dans cette situation pour les aider à apprendre les rudiments de la langue française.
Actuellement la JDC (Journée de Défense et Citoyenneté) a cette fonction, et ne concerne pas seulement les garçons, mais aussi les filles.
En 2012 à l’issue d’une évaluation des résultats obtenus au décours de cette journée, nous avons pu voir que 9,6% des jeunes français avaient des difficultés en ce qui concernait la lecture.
La réactualisation de ces chiffres a permis de mettre en lumière le fait, qu’à la suite des tests effectués dans le cadre des JDC en 2023, que 12% des jeunes de moins de20 ans rencontrent des difficultés en lecture.
L’enquête Formation tout au long de la vie a donné le ton sur l’illettrisme au sein de notre pays.
Ainsi il ressort de cette étude que 10,5% des 18/64 ans scolarisés en France sont en forte difficulté avec les compétences de base.
Ce qu’il est important de souligner dans ce cadre, c’est le fait que parmi les citoyens ayant des difficultés dans le domaine des acquisitions de la lecture et l’écriture :
- La moitié d’entre eux est sans emploi, et 25% d’entre eux le sont depuis plus de 2 ans
- Près de 75% d’entre eux vivent en dehors des villes
- Les personnes qui vivent dans les quartiers politiques de la ville, et les territoires d’outre-mer sont 2,5 fois plus impactés par rapport aux autres.
- Près de 18% des personnes illettrées éprouvent de grosses difficultés au sein de leur entreprise, et l’évolution statutaire est le plus souvent compromise du fait de ce handicap
Ce qui doit nous interpeller, c’est le fait qu’actuellement il est difficile, pour la personne n’ayant pas d’acquisition en lecture et écriture, d’évoluer de manière sereine dans notre société.
En effet nos décideurs mettent de plus en plus l’accent se déchargent de certaines démarches administratives qui doivent être effectuée en ligne, ce qui permet non pas de réduire les effectifs au sein des administrations, mais leur redéploiement vers d’autres tâches comme l’éco-responsabilité.
L’école demeure un sanctuaire qui est la base de l’apprentissage
Pour remédier au triste constat de l’évolution (elle n’est pas très positive en fait) en ce qui concerne l’illettrisme, nous devons nous pencher sur l’acteur qui doit être promotionné pour améliorer des chiffres qui sont parmi les plus critiques de toute l’Europe : l’école
Notre regard sur l’institution scolaire doit nous inciter à être attentifs suite à la diffusion de certains faits divers.
Nous sommes en septembre, et depuis 15 jours les élèves ont repris le chemin de l’école.
Ce qui peut nous décontenancer, c’est de voir que des parents se sont manifestés en agressant des enseignants, et des surveillants.
Tout cela dans le but de soutenir un élève irrespectueux qui défie les règles imposées dans les écoles.
Ces règles ont pour rôle de montrer l’importance du respect auprès de tous, et en aucun cas doivent être discutées.
L’école ne doit pas être un lieu de règlement de compte, et les parents qui confient les enfants aux enseignants doivent les respecter et les louer.
Ce ne sont pas aux parents, souvent démissionnaires dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, de faire leur loi.
Le laxisme en matière d’éducation conduit certains professeurs d’écoles à se concentrer sur les élèves volontaires pour apprendre, et à laisser sur le bord de la route les autres.
Or les enfants d’aujourd’hui deviendront les adultes de demain, et il est indispensable de donner à tous les bases éducatives pour que leur insertion au sein de la société soit optimale.
Pour ce faire il est impératif de remettre l’école « au centre du village ».
Malheureusement l’exécutif n’est pas assez ferme pour :
- Assurer un soutien sans failles des enseignants, et avoir une écoute attentive
- Ne prend pas des mesures concrètes pour que les fondamentaux (lecture écriture notamment) deviennent les standards de l’apprentissage
- Se charge de « l’éducation » des parents
Alors que la campagne électorale bat son plein avec une nuée (comme les mouches attirées par le miel) de candidats, peu de paroles de la part de ces politiques sont prononcées en faveur d’une réforme en milieu scolaire.
Or c’est un élément fondamental pour avoir une société respectueuse des règles de notre démocratie.