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Il faut travailler plus….

Le Quotidien du Médecin a développé un argumentaire concernant certaines critiques développées par la Cour des Comptes (1).

Ainsi, selon cette honorable institution, 8553 médecins libéraux ont une activité très limitée, et prennent en charge peu de patients.

Cette réduction du nombre d’heures de travail semble pénaliser plus de 2,5 à 4 millions de patients, ce qui est énorme, et selon la Cour des Comptes pas nécessairement tolérable (ce n’est pas directement exprimé il faut le dire).

Ce qui est d’autant plus difficile à accepter par cette vénérable institution, c’est le fait que :

  • Près de 6,3 millions d’assurés n’ont pas de médecins traitants
  • 11 millions de contribuables (ce sont des français qui doivent être aussi bien pris en charge que les autres) ne sont pas suivis régulièrement
  • 1 patient sur 5 ayant un médecin traitant n’a pas bénéficié dans l’année précédente d’une consultation, ce qui est critiquable surtout pour ceux qui ont des pathologies chroniques ou doivent bénéficier d’un dépistage régulier

Cette juridiction propose de contraindre les médecins qui ne sont pas dans les clous dans ce cas de figure à travailler plus.

Ces sages ont réalisé, pour pouvoir être « plus crédibles », des graphiques (ils sont superbes) pour donner plus de poids à leur argumentaire (les journalistes du Quotidien du Médecin les en ont reproduit dans l’article dédié).

Une pondération des critiques formulées est cependant effectuée car certains médecins généralistes (ce sont ceux qui sont dans le collimateur de la Cour des Comptes) ont un mode d’exercice particulier qui peuvent les dédouaner de cette « charge » proposée par notre vénérable institution : un certain âge, des missions universitaires, des pathologies chroniques invalidantes, une patientèle particulière….

Parallèlement les sages louent certains dispositifs (qui permettent une meilleure prise en charge des patients (maisons de santé, centre de santé, et CPTS= communautés professionnelles territoriales de santé).

Ils mettent un bémol à une autre mesure qui ne fonctionne que très partiellement, avec un déploiement jugé pas assez optimal, malgré l’appui financier des organismes sociaux : les assistants médicaux.

Par ailleurs un autre volet intéresse grandement la Cour des Comptes : celui de la prévention.

Il semble opportun, pour cette institution publique, d’assurer une meilleure rémunération dans ce cadre (bien entendu cette nouvelle manière de rétribuer les libéraux ne peut être validé qu’en fonction des résultats obtenus par les médecins généralistes).

Pour les sages le paiement forfaitaire devrait être également une priorité (actuellement 80% de la rémunération du médecin généraliste est associé à un paiement à l’acte) pour assurer une meilleure qualité de vie pour les patients je suppose.

Il est avant tout nécessaire de remettre les pendules à l’heure !

Ce rapport, aussi clair soit-il, est une critique non dissimulée de la pratique libérale.

Le terme libéral selon le dictionnaire Larousse a une définition précise : « Se dit d’une profession qui a pour objet un travail intellectuel effectué sans lien de subordination entre celui qui l’effectue et celui pour lequel il est effectué, dans les règles déontologiques, et dont la rémunération ne revêt aucun caractère commercial ou spéculatif ».

Il est vrai que la rétribution des soignants libéraux est effectuée en totalité par nos organismes sociaux, et ils dépendent de règles définies par une convention acceptée tacitement en cas d’absence de notification d’un refus.

Cependant nous oublions trop fréquemment la volonté de ces professionnels qui veulent être libres de certaines contraintes notamment celle des horaires de travail, mais aussi de la manière de prendre en charge les patients.

Il est trop facile de donner des consignes strictes pour une durée de consultation.

Souvent le praticien doit prendre plus de temps pour expliquer, et réfléchir sur des situations complexes, ou être très vigilant vis-à-vis de patients qui nécessitent une écoute attentive.

A ce titre il serait opportun pour nos sages de se pencher sur la durée de travail des libéraux, cela avec des données non critiquables car émanant de structures étatiques.

Pour les médecins généralistes la moyenne hebdomadaire de travail est de 46 heures selon la Dress (direction de la recherche, des études, et de l’évaluation et des statistiques) qui est une direction de l’administration centrale des ministères sanitaires et sociaux.

Autrement dit la grande majorité de ces professionnels de santé œuvrent plus que 35 heures par semaine, bien plus que les salariés français de base, et certainement ceux travaillant rue Cambon.

Aussi il est nécessaire de mieux comprendre le dévouement de la plupart des médecins généralistes.

Nombreux sont ceux qui sacrifient leur vie privée pour prendre en charge des patients.

Il est certain, et c’est là qu’il est important d’enfoncer le clou, qu’en créant des centres de santé municipaux et régionaux, le nombre de patients sans médecin traitant ne va pas se réduire d’autant.

D’ailleurs il est difficile de comprendre pourquoi la Cour des Comptes promotionne ce type de pratique qui réduit l’offre de soins.

Les jeunes générations de soignants aiment ce genre d’activité professionnelle (nous parlons dans ce cas bien entendu du système de salariat pour 35 ou 37 heures de travail) qui permet d’avoir du temps libre, cela pour vivre avec les proches, ou avoir des activités annexes.

N’est-il pas logique que les médecins généralistes, qui ont régulièrement devant leur bureau des personnes qui se gargarisent en ce qui concerne leurs loisirs du fait des 35 heures et des RTT, qu’ils en soient privés ?

Il est d’autre part amusant de voir que la Cour des Comptes oublie trop facilement le fait que les libéraux après leur journée de labeur doivent accomplir des tâches administratives qui sont de plus en plus importantes.

A l’origine de cette majoration accordée aux papiers divers, nous avons un élément qui doit nous interpeller : le désengagement des collectivités, et des organismes en charge des prestations sociales.

De plus en plus la masse salariale qui était antérieurement en charge de régler certains dossiers administratifs se réduit en peau de chagrin, accède à des fonctions plus nobles, ou déploie de nouvelles fonctions pour rajouter plus de documents dématérialisés ou non que doivent remplir les professionnels de terrain (cela explique probablement le nombre croissant de fonctionnaires, et d’agents délégués à cette charge).

Et la formation des médecins ! mis à part celle qui est indemnisée pour un nombre d’heures limité, elle nécessite également le soir ou le week-end un sacrifice (il est nécessaire pour avoir une qualité du soin) cela sans que les sages en tiennent compte.

On oublie également le fait que de très nombreux praticiens travaillent dans des domaines ne concernant pas la médecine de terrain car ils officient dans des conseils généraux, des agences étatiques avec une charge de travail bien plus limitée que le médecin libéral, et une retraite bien plus conséquente (le médecin généraliste libéral ne reçoit pas 80% de sa dernière « fiche de paye », ce qui n’est pas égalitaire).

Ce travers n’est pas dénoncé, et j’en suis quelque peu navré, par la Cour des Comptes qui préfère tirer sur les soignants libéraux.

Il est vrai qu’en période de pénurie il est aisé de trouver un responsable (la tête de turc), et lui coller une étiquette qui va jeter le discrédit d’une profession auprès du public (les médias se chargent d’ailleurs d’amplifier cette vision déformée des choses).

Cependant il serait nécessaire que ces énarques :

  • Se déplacent pour apprécier le travail des libéraux qui ne chôment pas pour la grande majorité d’entre eux, et qui sont quelque peu irrités de voir qu’ils sont volontairement critiqués par des personnes qui ne connaissent pas le terrain
  • Que les administrations arrêtent de charger la mule en demandant plus de participation pour effectuer des tâches ne relevant pas de leur compétence, ou sont tout à fait inutiles pour certaines

 

  1. https://www.lequotidiendumedecin.fr/liberal-soins-de-ville/medecins-traitants-8-553-generalistes-liberaux-dans-le-viseur-de-la-cour-des-comptes

Dr Pierre Frances

Médecin généraliste des Pyrénées Orientales depuis plus de 25 ans, mon travail s'axe sur plusieurs éléments: - La prise en charge des patients de mon secteur géographique - L'écoute et le soin des plus démunis au sein de 3 structures dédiées aux sans domicile fixe Très heureux, et passionné par mon métier, je peux de cette manière partager cette expérience avec des étudiants, mais aussi d'autres professionnels par le biais d'articles régulièrement rédigés

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