Il y a quelques années un ministre de la santé avait quitté son poste au moment de fortes chaleurs durant l’été.
Même s’il a parfaitement le droit de prendre des congés, l’urgence d’une situation sanitaire (décès de nombreuses personnes âgées) avait conduit les médias à le critiquer.
Il faut bien le dire à cette époque l’effet de la canicule sur la santé des plus âgés était un sujet très peu abordé, et quelque peu confidentiel.
Depuis cette période, et conscients de l’impact généré par les aléas climatiques, nos politiques restent sur le pied de guerre pour traquer toute canicule, et pensent alerter la population à la moindre modification thermique.
Par ailleurs les météorologues ont expliqué que des modifications climatiques allaient être responsables de vagues de chaleur plus importantes que par le passé.
Ce ne sont pas les seuls à nous expliquer que le réchauffement climatique va avoir, dans un futur assez proche, des conséquences importantes sur la monté des eaux, une majoration du nombre de catastrophes naturelles …
Nous en sommes tout à fait conscients, et nos réactions sont proportionnées à cette nouvelle donne.
Les médias se sont mis également au diapason, et ne cessent de diffuser des reportages sur le sujet de la canicule.
Dans certains cas près de 50% des nouvelles développées au sein des journaux télévisés concernent cette problématique climatique.
Les différentes éditions de presse (télévisée, mais aussi papier) n’ont de cesse que d’envoyer des correspondants sur différentes villes françaises pour montrer qu’il fait très chaud dans certaines cités (nous le savions, et qu’il fallait se protéger du soleil (cela reste une lapalissade en 2026).
Il est certain que le commun des mortels ne peut pas passer à côté de cette information « capitale » les concernant : il fait chaud, et il est nécessaire de prendre des mesures adéquates pour se protéger du soleil, et s’hydrater.
Tout aussi volontaire pour informer la population l’agence étatique Santé publique France a misé, c’est son rôle par ailleurs, sur une communication sur la prévention dans le cadre de la canicule.
Cependant des retards (il s’agit en fait de problèmes budgétaires) concernant les campagnes (la canicule en est un) a conduit certains salariés à montrer qu’ils n’étaient pas en accord avec les plans gouvernementaux dans ce domaine.
Cela est d’autant plus vrai qu’une possible ingérence des services de Matignon était considérée comme étant de très mauvais ton de la part de nombreux syndicalistes de Santé publique France.
Il est tout à fait juste de montrer qu’il est important dans une situation aussi exceptionnelle que celle induite par une chaleur excessive, de montrer sa préoccupation vis-à-vis de cette question.
Cela permet de conforter son rôle, mais aussi son efficacité dans le cadre d’une intervention rapide pour soutenir la population.
Chacun tente à ce titre de tirer la couverture vers soi sans jamais regarder dans son rétroviseur.
L’effet canicule impose la participation des professionnels de santé
Au sein des différentes communes, les acteurs en charge de la santé des résidents sont sur le pied de guerre.
Dès lors que les températures atteignent des seuils jugés intolérables, ils agissent en informant l’ensemble des acteurs du soins.
Le but est d’avant tout de les sensibiliser au fait que certains patients considérés comme vulnérables doivent être pris en charge de manière adéquate pour éviter des complications liées à une éventuelle déshydratation.
Ce qui est quelque peu surprenant, c’est de voir que les pouvoirs publics, dans ce cadre, oublient que les acteurs en charge du soin sont sensibilisés à cette situation.
Il ne me semble pas nécessaire de les informer de cette problématique qui est la base de leur mission.
Envoyer des prospectus, des grandes affiches demeure quelque peu disproportionné, et très peu éco-responsable.
Nous ne devons pas oublier que nous, les soignants, sommes tous sensibilisés à cette noble cause.
Par contre il semble quelque peu étonnant que les responsables municipaux n’aillent pas au chevet de certains patients qui ne peuvent pas se déplacer, et qui méritent une expertise dans ce domaine de leur part.
Nous ne devons pas oublier qu’ils sont très présents toutes les fins d’année pour la distribution des cadeaux pour marquer leur attachement aux ainés, et n’ont pas de difficultés à se déplacer dans ce contexte.
Tout aussi perturbant est la polémique actuelle concernant ce sujet.
En pratique l’afflux de patients vers les services de urgences (majoration de 20 à 30% de la fréquentation) a conduit le premier ministre à mettre en place le plan Orsan dont le but est une mobilisation des acteurs de la santé disponibles pour prodiguer les soins (aussi bien dans le public que dans le privé).
Tout cela pour dire que la canicule qui sévit actuellement dans notre pays est une actualité très mobilisatrice tant sur un plan médiatique que politique.
Des redondances dans les discours, mais aussi une absence d’écoute de la base qui pourrait être grandement utile, a des grandes chances d’être délétère pour une prise en charge optimale des patients.
Ne serait-il pas nécessaire de pouvoir réduire toutes les strates étatiques qui tentent par ce biais de ramener la couverture vers elles, et avoir une véritable coordination ?
Pour finir, il est intéressant de se référer à la citation de Georges Bernanos écrite en 1928 qui nous montre que la canicule n’est pas une préoccupation aussi récente que nous oserions le penser : « Rentre à Paris en pleine canicule serait me tuer, Pourrai-je attendre sans nouvelle crises la fin de cet abominable été ».