Il y a quelques années de cela nous avons, au sein d’un centre d’hébergement et de réinsertion sociale, fait la connaissance d’un patient ayant eu quelques déboires familiaux.
Il s’agissait d’un jeune de 19 ans, qui avait été placé contre sa volonté dans cette structure car il avait blessé à l’arme blanche sa mère.
Cette dernière était en guerre avec son fils qui vivait reclus dans sa chambre, et passait ses journées les yeux rivés sur l’ordinateur.
En fait il ne cessait de jouer avec d’autres personnes en ligne, et ne se souciait en aucune manière de son avenir professionnel.
Ce jeune était heureux de vivre dans sa bulle, et profitait des largesses financières que sa mère lui procurait.
Nous avons pu discuter avec cette femme qui élevait seule son enfant (son compagnon était aller vivre avec une autre femme, et refusait tout contact avec son fils).
Elle était très affectée par le comportement de son enfant qu’elle avait élevé avec selon ses dires « le sens des valeurs républicaines ».
Depuis quelques années il n’écoutait plus ses recommandations, et s’isolait de plus en plus dans sa chambre pour ne pas écouter les récriminations de sa mère.
A partir de l’âge de 14 ans il a été déscolarisé.
Très en colère vis-à-vis de cette situation d’inertie vis-à-vis de son avenir professionnel, ce pilier familial a exigé de ce jeune qu’il quitte son « havre de paix » pour aller travailler, ce qui a été à l’origine d’un acte très répréhensible : la blessure au couteau.
Arrivé au sein de notre structure, il a dû s’adapter à la promiscuité, mais aussi à l’absence de tout outil informatique qui a été confisqué par l’équipe.
Actuellement, et après une longue période d’adaptation, il est devenu paysagiste.
Il regrette son comportement qui lui a fermé de nombreuses portes sur un plan professionnel.
Sa mère est aujourd’hui heureuse car elle a pu renouer les liens avec son fils, et observer cette métamorphose qui va dans le sens d’une intégration au sein de la société.
La technologie isole de plus en plus les utilisateurs des autres personnes qui évoluent autour d’eux.
Il suffit d’aller dans le métro : autrefois (il y a seulement 15 ans) lors de notre passage dans une rame nous pouvions remarquer de nombreuses conversations entre usagers.
Actuellement, nous voyons des personnes penchées sur leur téléphone portable avec une détermination sans faille.
Chacun est dans son coin, et ces voyageurs d’un jour ne sont interrompus que par les sons de musiciens (il s’agit d’ailleurs dans certains cas de personnes en grande précarité qui expriment ouvertement leur désarroi auprès des utilisateurs du métro) qui souhaitent par leur prestation recevoir quelques euros.
Une situation d’isolement vécue par de nombreux jeunes au Japon
Un récent article met en lumière une pratique qui nous incite à nous interroger quelque peu.
Au Japon certains jeunes évoluent dans un mode virtuel, et semblent à première vue s’y complaire.
Contrairement à notre jeune de 19 ans, ils travaillent dur pour un salaire parfois dérisoire, mais ils ne sont pas enclins à trouver un partenaire pour partager les difficultés du quotidien par peur de l’inconnu, mais aussi de sacrifices qu’ils auraient à faire.
Cependant ils aiment le faste d’antan, et acceptent de se marier virtuellement avec des représentations d’hommes ou de femmes.
Le plus souvent ils choisissent un héros qu’ils adulent, qui est dans certains cas leur idéal de vie, et qu’ils ont connu sur les réseaux sociaux.
Comme l’a souligné le reporter dans cet article cette dévotion ne concerne pas moins de 22 millions de japonais.
Bien entendu de nombreuses sociétés peu scrupuleuses du bien être des concitoyens surfe sur cette vague pour gagner beaucoup l’argent.
D’ailleurs ce commerce, induit par la consultation de divers sites internet, permet de rapporter près de 6 milliards de dollars en 2023.
Il est estimé que cette somme allait être multipliée par deux en 2030.
Ainsi certaines entreprises se permettent à des jeunes, moyennant finance bien entendu, de réserver des églises, de proposer des robes de mariage pour les femmes et des costumes assez seyants pour les hommes, et de créer un univers féérique qui fait rêver un nombre important de ces jeunes.
Comme certains l’expliquent de cette manière on est rassuré car on n’a pas de surprise, ce qui pourrait le cas avec un conjoint dont le comportement peut être très changeant.
Vivre avec une autre personne, cela implique de faire certaines concessions, et d’accepter certains désagréments.
Comme le souligne notre reporter cette manière d’évoluer permet de s’évader d’un monde parfois difficile à vivre, et échapper quelque peu à la monotonie d’un travail souvent harassant (au japon la compétition est une valeur très prisée).
Il est important de souligner que ce phénomène ne touche pas exclusivement les jeunes générations de japonais.
Certains plus âgés, et souvent esseulés, cherchent par ce biais à combler le manque de relations publiques, élément parfois très pesant.
Cet engouement glace quelque peu les autorités de ce pays qui sont confrontés à une réduction drastique de la natalité.
Ainsi en 2050 le Japon risque de perdre plus de 30 millions de personnes du fait de cet isolement (il est également favorisé par la précarité économique de nombreuses personnes).
Au final…
Au travers de cet exemple qui peut donner froid dans le dos, mais également celui de notre jeune de 19 ans, nous voyons que les sociétés dites développées évoluent.
Nous devons bien prendre conscience du fait qu’actuellement le regard porté sur les autres personnes change considérablement.
On aime être flatté sur les réseaux sociaux.
D’ailleurs sur certaines applications il est possible de partager ses communications avec les autres qui ajoutent de annotations montrant leur satisfaction vis-à-vis du contenu proposé.
Cependant nous voyons que la technologie est aussi un moyen d’évoluer dans une société où l’individu est de plus en plus isolé.
Cela peut être à l’origine d’une détresse morale dès lors que la prise de conscience du monde dans lequel on a voulu adhérer n’est que virtuel, et sur un moyen terme n’apporte que de l’illusion.
Comme le souligne très justement Catherine Van Offelen : « ce phénomène révèle l’abime de solitude des sociétés occidentalisées ».