Très récemment le Quotidien du Médecin a publié sur son site un article concernant la vie privée des médecins.
Ce journal professionnel nous fait partager les résultats d’une enquête réalisée par le portail Medscape, et effectuée sur un panel de 1008 médecins.
Nous apprenons que près de 30% de ces professionnels de santé divorcent, et 18% (les femmes sont plus concernées que les hommes dans ce cas de figure) mettent en avant les difficultés dans leur couple du fait de leur investissement professionnel.
Un monde hospitalier qui n’épargne pas les soignants
A l’origine bien entendu de cette situation, nous retrouvons la charge mentale engendrée par le travail au sein des services hospitaliers.
Les patients oublient fréquemment le fait qu’un médecin est un être humain avec ses qualités et ses défauts.
Il lui est parfois difficile de ranger consciencieusement dans son cerveau les difficultés éprouvées lors de son activité lorsqu’il quitte le service.
Des situations cliniques taraudent son esprit qui n’est que rarement libéré de ce poids.
Certains patients nécessitent une grande attention, et également une réflexion très approfondie.
Dans ce cas de figure le praticien éprouve des difficultés à se positionner pour donner la thérapeutique la plus adaptée.
De ce fait il ne cesse parfois de cogiter sur cette situation, et sa réflexion empiète sur sa vie privée.
Le conjoint, pas nécessairement médecin, ne comprend pas dans la majorité des cas « cet envahissement » psychologique.
On peut aisément le comprendre, et ce d’autant plus que le médecin hospitalier accepte de travailler au-delà des 35 heures pour parfaire la prise en charge des personnes pour lesquelles il s’investit.
Du fait de ce retentissement mental il a des difficultés à rester prévenant vis-à-vis du conjoint, et dans pas mal de cas il devient irascible ce que ne comprend pas forcément le partenaire.
Cela est d’autant plus difficile à vivre que certains professionnels de santé (cas notamment des urgentistes) travaillent avec des fréquences horaires très variables, ce qui est souvent déstabilisant pour la famille de ce dernier.
D’ailleurs, et le citoyen de base ne le sait pas nécessairement, l’espérance de vie moyenne d’un médecin urgentiste est de 57 ans !
Non cette catégorie professionnelle n’est pas épargnée par la charge du travail, et les difficultés dans la vie privée.
Il est certain que nombre d’entre eux (leur nombre n’est pas très élevé néanmoins), profite de son statut pour avoir des relations extra-conjugales avec des collègues.
Il est vrai que la collaboration entre ces soignants est aussi une occasion de se rapprocher tant sur un plan privé que professionnel.
D’ailleurs les résultats de l’enquête réalisée a permis de voir que cette « osmose » entre médecins est à l’origine d’un partage de leur vie privée (près de 50% des praticiens sont en couple avec un autre soignant).
Tout aussi intéressant dans cette enquête, c’est le fait de voir que 1 médecin sur 10 déclare avoir eu une relation avec un patient.
Alors que ce cas de figure est très répréhensible sur un plan déontologique, nous voyons que la transgression existe.
Sans aller très loin, nous savons qu’au sein de l’Eglise catholique des prêtres ont des relations avec des fidèles, et nous nous amusons parfois de savoir que ces assistantes sont également des partenaires.
Une situation peut-être plus difficile pour les libéraux
A côté de ces praticiens hospitaliers, il est intéressant de regarder les résultats de cette étude concernant les déboires dans la vie privée des praticiens exerçant en milieu libéral.
Ces derniers reçoivent directement les patients, et le plus souvent sans filtre.
Ils partagent dans certains cas (nous pouvons même dire fréquemment) leur rancœur vis-à-vis d’une situation parfois dramatique.
Contrairement aux hospitaliers, les libéraux doivent affronter seuls ces personnes, ce qui est dans certains cas difficile.
D’ailleurs il ne faut pas l’oublier le nombre de suicides au sein de cette catégorie professionnelle est important.
De plus cette charge mentale est souvent responsable d’une « casse » au sein de la cellule familiale, et le nombre des divorces est également important (l’étude permet de mettre en avant un taux de divorce bien plus important chez les libéraux par rapport aux hospitaliers : 39% versus 27%).
Du fait d’une pénurie médicale, le désarroi de nombreux médecins est très palpable, cela pour plusieurs raisons :
- Une charge de travail excessive qui culpabilise parfois le médecin qui se dit qu’il n’arrivera pas à terminer son travail de manière satisfaisante
- Des remontrances exacerbées de la part de patients qui ne comprennent pas les délais pour les rendez-vous trop tardifs
De ce fait le poids psychologique généré par ces personnes qui veulent rapidement être pris en charge se retrouve également dans la cellule familiale.
Des difficultés à accepter le fait que le professionnel de santé ne soit pas capable de faire une césure entre travail et vie privée sont responsables de conflits au sein des couples.
Tout cela pour dire que le médecin est un être humain qui est attaché aux mêmes valeurs que les patients, mais présente aussi les mêmes fragilités.
A ce titre il est important également d’avoir une idée plus moderne, et plus juste, en ce qui concerne cette profession dédiée aux soins.
Et la citation d’Honoré de Balzac semble quelque peu irrévérencieuse à mon idée, même si certains français pensent de la même manière que cet auteur de renom.
« En médecine, le cabriolet est plus nécessaire que le savoir ».
Le médecin recherche dans la grande majorité des cas la qualité de vie, et non le profit comme certains le subodorent