Nos politiques sont prompts à changer la dénomination de nos institutions.
Ainsi après avoir débaptisé l’agence nationale pour la recherche d’un emploi (ANPE) en Pôle Emploi, nos têtes pensantes ont décidé de donner le nom de France Travail à cette « institution ».
Parallèlement, et afin de lutter vis-à-vis des déserts médicaux, une autre structure a été créée sous l’impulsion du premier ministre : France Santé.
Grâce à cette nouvelle entité il sera possible de permettre à une part plus large des français d’avoir une possibilité en moins de 48 heures d’être pris en charge dans le domaine de la santé.
Récemment la ministre déléguée aux personnes âgées et handicapées, Mme Gaillard-Minier, a pris une « importante décision ».
Dans un futur très proche (2027) les EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) vont changer de dénomination, et vont porter le nom de France Autonomie.
Selon notre chère ministre déléguée : « L’objectif est d’aborder le vieillissement de façon positive, donc de voir ces personnes par le biais de l’autonomie qu’elles conservent jusqu’au bout, plutôt que de la dépendance ».
En fait en lisant ses propos cette dernière souhaite que nous puissions avoir une vision moins péjorative des établissements en charge des personnes âgées, car le terme dépendance dans l’acronyme EHPAD ne lui convient pas.
Elle a la volonté également que son but est « de ne pas s’inscrire dans une démarche administrative complexe, mais d’accompagner la transformation des établissements existants en des maisons ouvertes sur l’extérieur en lieux de vie afin que les personnes âgées se sentent chez elles ».
Pour venir à bien à son projet Mme Gaillard-Minier veut impulser l’idée « de rencontres thématiques avec les acteurs sur certaines priorités : mieux connaître les besoins et les solutions existantes sur les territoires, agir pour vieillir en bonne santé ».
« L’enjeu actuel du secteur ne réside pas uniquement en un changement d’appellation, mais dans la capacité à simplifier et évoluer l’offre pour répondre concrètement aux besoins des personnes âgées en leur proposant un parcours d’accueil et coordonné avec les acteurs de son territoire ».
En parallèle la ministre déléguée aux personnes âgées a la volonté de réfléchir sur les moyens nécessaires, et les idées pour que les aidants puissent avoir un soutien de qualité.
Le mot France a une connotation particulière : il a pour but d’impulser « une mobilisation nationale qui est lancé pour faire face au défi démographique ».
Au-delà de ce changement de terme Mme Gaillard-Minier a la ferme volonté « d’évaluer la valeur de notre société à l’attention que l’on porte aux personnes les plus fragiles ».
« Les maisons France autonomie devront être des lieux où les personnes âgées souhaitent habiter, et les professionnels travailler ».
Une réalité ne correspondant pas nécessairement aux contours de cette nouvelle dénomination définie par la ministre déléguée aux personnes âgées !
Sur un plan épidémiologique nous ne devons pas nous cacher la face, et voir qu’en France nous avons 4,2 millions de personnes de plus de 80 ans, et en 2050 ce chiffre va être bien plus important (il sera de 7,6 millions).
De ce fait des mesures concrètes doivent être prises en ce qui concerne la prise en charge de ces personnes dont un nombre non négligeable nécessitera un soutien du fait d’une perte d’autonomie.
L’EHPAD est une solution pour certains patients âgés, mais nous ne devons pas oublier que le coût mensuel pour être hébergé dans ces établissements est assez conséquent.
Par voie de conséquence deux types de patients peuvent être admis dans ces structures : ceux qui ont un petit pécule pour payer les frais demandés, et ceux n’ayant aucune ressource (ils sont assez nombreux) et qui de ce fait bénéficient d’une aide financière donné par les collectivités.
Autrement dit les classes moyennes ne peuvent s’offrir le luxe d’être pris en charge dans ces établissements.
Parallèlement à cette constatation, plusieurs points doivent être pris en considération :
- A l’heure où le déficit des finances publiques est énorme, est-il logique de charger la mule, et d’engager des frais supplémentaires en changeant le nom des établissements dédiés aux personnes âgées ?
- Le fait que près de 60% des EHPAD sont déficitaires en 2024 (données apportées par la direction générale des finances publiques)
- Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales a mis en lumière l’impossibilité à court terme pour les départements de financer l’allocation personnalisée d’autonomie, tout comme l’aide sociale à l’hébergement. Le déficit de la branche autonomie est évaluée à 1,7 milliard d’euros en 2026, et 54 départements ont des difficultés à poursuivre tout effort budgétaire dans ce domaine
- La personne âgée a dans la grande majorité des cas la volonté de rester à son domicile. En effet être hébergé dans un EHPAD cela veut dire accepter certaines contraintes concernant l’heure des repas, du lever et du coucher, et également être volontaire pour être dans un collectif avec d’autres résidents qui peuvent incommoder par leur comportement inadapté. En fait, et notre ministre délégué l’oublie facilement, la perte d’autonomie au domicile est la raison d’un placement dans un EHPAD. La nouvelle dénomination proposée par Mme Gaillard-Minier est quelques peu surprenante, et irrite quelque peu le monde libéral en charge des personnes âgées au domicile. En effet le but du soignant (médecin infirmière, aide-soignante, aide-ménagère) est de maintenir la personne âgée dans son milieu afin de lui permettre d’avoir le maximum de confort. Tout changement à ce niveau est vécu le plus souvent comme un échec, et nous savons pertinemment qu’il sera quasiment impossible pour une personne âgée de devenir autonome dans un EHPAD
- Affirmer qu’en changeant de nom on va donner plus de motivation aux professionnels pour accompagner les personnes âgées est quelque peu déstabilisant. Les soignants se sont toujours impliqués ou s’impliquent pour venir en aide aux ainés
En fait il est difficile de comprendre les réelles motivations de la ministre.
Souhaite-t-elle par cette nouvelle labélisation renvoyer les patients à leur domicile pour réduire les frais de pension alloués par les collectivités ?
Souhaite-t-elle donner une image plus positive des EHPAD qui a été écornée par le livre d’un journaliste mettant en avant des manquements sur un plan humain et budgétaire au sein de certains établissements ?
Les propos de Jean Christophe Amrantinis (il est le président du syndicat national des établissements, résidences et services d’aide à domicile privés pour personnes âgées) résument assez bien la situation.
« Le vocabulaire n’est pas sans importance, il façonne les représentations et peut faire évoluer le regard porté sur nos établissements. Mais un changement de nom ne se substitue pas à une politique. Or c’est bien d’une politique dont nous avons besoin : des financements adaptés à la réalité des besoins, des conditions d’exercice permettant aux professionnels de travailler correctement, et une vision claire et durable de l’accompagnement du grand âge ».