L’HAS est un organisme étatique qui a plusieurs actions définies par les pouvoirs publics :
- Une action d’évaluation des médicaments et des dispositifs médicaux
- Une action pour s’assurer de bonnes pratiques professionnelles de la part des soignants
- Une action pour améliorer la qualité des soins dans les établissements, mais aussi chez les médecins de ville
Cette structure (elle se réclame indépendante, et fait appel à des experts qui travaillent en l’abscence de conflits d’intérêt, et avec une grande sérénité) est actuellement dirigée par le Pr Collet qui a pris la parole dans un article du journal les Echos.
Ce dernier est très remonté vis-à-vis de certaines firmes pharmaceutiques qui n’ont, selon lui, pas de scrupules à alerter « les instances supérieures » pour obtenir le remboursement de certaines spécialités.
Notre confrère a expliqué qu’un laboratoire pharmaceutique, très mécontent de la position prise par cet organisme indépendant (cela concernait en fait au refus de remboursement d’une molécule jugée non innovante), n’a pas hésité à contacter plusieurs ministres pour faire pression.
Cette pratique selon notre confrère devient « une culture d’établissement » qui semble assez fréquente.
Pour le Pr Collet la pression exercée sur son service est « une approche des industriels plus financière qu’elle ne l’a été à une époque, et une pression mise probablement par ces industriels qui veulent s’affranchir de règles de bonne conduite ».
Ce qui a quelque peu dérangé ce confrère, c’est le fait que ce phénomène « s’accélère » depuis plusieurs mois.
Le Pr Collet très remonté vis-à-vis d’une situation, qui a pour but de lui faire perdre le contrôle de ses actions, a expliqué que l’évaluation effectuée pour obtenir une acceptation de remboursement était basée sur des preuves scientifiques.
Il regrette amèrement que quelques dossiers d’évaluation « soient parfois basés sur l’émotion, et non sur les preuves ».
Pour ce professeur : « Certains laboratoires dès lors qu’un médicament est en réévaluation, ne vont pas hésiter à faire agir des associations de patients ».
Il y a quelques années de cela un anti-inflammatoire, jugé révolutionnaire par certaines associations de patients, avait été mis sur le marché du fait d’une importante pression effectuée par les usagers.
Quelques années plus tard il a été retiré du marché du fait d’effets secondaires cardiovasculaires qui pouvaient mettre la vie des patients en jeu.
Nous voyons qu’au sien d’une société dite démocratique, le pouvoir de certaines associations ou de lobbies peut modifier certaines prises de décisions.
Les actions de certains groupes peuvent, pas uniquement dans le domaine pharmaceutique, guider certaines prises en compte pas nécessairement opportunes.
Nous (il est cependant important de ne pas généraliser) sommes souvent guidés par des intérêts pas nécessairement collectifs, mais individuels pour garder sa propre influence auprès des autres, et mettre en avant son pouvoir.
Des acceptations ciblées, et dans certains cas à des prix assez conséquents
Un traitement antirétroviral a été mis sur le marché pour la prise en charge de l’hépatite C, et le premier laboratoire qui commercialisé la molécule révolutionnaire dans ce domaine avait défrayé la chronique du fait des prix pratiqués par la molécule jugée (mais dans les faits cela était réel) très innovante.
A cette époque le directeur du laboratoire avait décidé de pratiquer des prix très élevés, situation qui avait dénoncé par des associations de patients.
La firme pharmaceutique n’avait pas voulu changer de discours sur ce sujet, et avait maintenu son positionnement concernant le coût demandé pour la commercialisation de sa spécialité.
Malgré cela, et du fait de l’efficacité exceptionnelle de ce nouveau traitement, nos pouvoirs publics ont accepté de rembourser ce traitement qui évitait la greffe de foie aux patients contaminés par l’hépatite C.
Parallèlement à l’exemple précédent la Caisse Nationale d’Assurance Maladie s’est alarmé du coût accepté par l’HAS en ce qui concernait certains traitements innovants (cas par exemple des anticancéreux) qui représentaient en 2025 30% de la dépense totale des organismes sociaux.
Une fois encore, et malgré les plaintes répétées du directeur de la CNAM qui expliquait que certaines molécules prolongeaient la vie de quelques mois des patients, les pouvoirs publics ne pouvaient pas rester insensibles à la détresse humaine engendrée par une pathologie cancéreuse.
Une situation paradoxale
Il est parfois difficile également de ne pas accepter la mise sur le marché de certains traitements déjà commercialisés dans certains pays européens.
Et c’est là où le bât blesse, car nous avons pu voir que certains traitements (cas notamment pour le diabète) ont été pris en charge par l’assurance maladie très tardivement en France pour des raisons budgétaires.
Tout aussi critiquable est la prise de position de nos organismes sociaux pour certaines anciennes molécules jugées efficaces.
Leur prix est parfois ridicule, et la marge consentie lors de la vente est quasiment nulle.
De ce fait certaines d’entre elles sont retirées du marché du fait d’un manque de rentabilité.
Cela peine de nombreux médecins confrontés à une absence de certaines molécules sur le marché qui demeurent efficaces.
Dans ce cas de figure, ne serait pas intéressant d’avoir une discussion avec l’ensemble des acteurs du soin pour avoir une ligne de conduite plus juste vis-à-vis des la santé des patients ?
Ce qui est quelque peu râlant, c’est le fait que nous perdons de vue le fait que le médicament est un maillon fort dans la prise en charge de nos malades.
Parfois une personne présente une pathologie considérée comme ayant peu de répercussions sur sa santé, or nous voyons fréquemment qu’il est difficile, du fait d’une pénurie du traitement le plus adapté à sa pathologie, de la prendre en charge de manière optimale.
Or nous oublions dans ce cas que la qualité de vie est une valeur que nous devons en tant que professionnels de santé tenter de préserver pour ces personnes.