Les médecins libéraux manifestent leur mécontentement, et le font savoir au décours d’une grève qui met à genou les confrères du secteur public.
Dès l’annonce de cette fronde catégorielle, la ministre (Mme Rist) qui est une enfant du secteur public, a expliqué le 4 janvier qu’elle ferait le nécessaire pour réquisitionner les médecins sur des secteurs où la grève serait massivement suivie.
Parallèlement à cette première décision, elle a martelé le fait qu’il existait une augmentation des dépassements d’honoraires ces dernières années.
Pour essayer de ne pas se mettre à dos les libéraux elle a rajouté que cela ne concernait qu’une frange de cette classe de professionnels.
Une telle attitude n’est pas digne d’une ministre consensuelle, mais plus d’une personne qui souhaite ardemment la confrontation.
Son but est de mettre au pas une profession qui est déjà grandement mise à contribution de diverses manières.
Bien entendu, et je pense que Mme Rist se frotte les mains, de tels propos ont été repris par la presse qui n’a pas eu de scrupules à mettre en avant une notion pas nécessairement acceptée par la population : la volonté de gagner plus d’argent voulue par ces soignants.
Cette situation a été à l’origine de réactions épidermique de nombreux citoyens qui n’ont pas cessé de réagir en expliquant que les médecins étaient des nantis, et ne respectaient pas le serment d’Hippocrate.
Parallèlement les journaux télévisés, et la presse ne font que très rarement mention de cette grève (les médias n’adoptent pas la même réaction avec les cheminots grévistes) que personne n’accepte réellement.
On ne cesse de donner l’idée à nos compatriotes que les médecins sont des profiteurs à l’origine du déficit abyssal de la sécurité sociale.
Une réalité bien différente, et mal expliquée à nos concitoyens
En fait le courroux des médecins est secondaire au vote du budget de la sécurité sociale par les députés.
Dorénavant le médecin qui prescrit trop d’arrêts de travail devra être sanctionné financièrement s’il ne change pas de « comportement » dans ce domaine.
Même si ce dernier travaille dans une zone où le taux de chômage est important, zone où les risques professionnels sont majeurs pour les ouvriers, s’il est en dehors du « raisonnable » (le raisonnable est définit par des règles statistiques parfois difficile à comprendre, mais pas pour les énarques de nos organismes sociaux) il devra changer de braquet.
En fait le médecin qui est dans ce cas se voit dans l’obligation d’accepter la nouvelle règle de réduction d’un certain pourcentage du nombre d’actes de ce type sous peine d’une amende assez salée.
On oublie facilement qu’un médecin libéral (c’est celui qui est le plus menacé par cette nouvelle donne) prend en charge un patient avec ses maux, et il a pour rôle de l’aider pour qu’il puisse s’épanouir au sein de la société.
Même si certains arrêts de travail sont jugés inopportuns par nos concitoyens, il est important de bien savoir que certains soignants sont convoqués, et souvent mal reçus par des administratifs qui ne connaissent rien au métier de médecin généraliste.
Aussi, même si les arrêts à l’origine « d’une mise à l’épreuve » sont justifiés, il ne sera pas écouté lors de son interrogatoire, car il n’est pas statistiquement dans les clous.
Il est difficile de contester avec ces personnes très bornées des données qui peuvent être discutées sur certains plans.
Quel est le profit du médecin libéral qui a prescrit « trop » d’arrêts de travail : aucun ?
Il y a 30 ans nous aurions pu dire que cette pratique aurait permis au médecin de gagner plus d’argent.
Actuellement cet argument, vu la pénurie de médecin, n’a plus aucune valeur.
N’aurait-il pas été plus simple, si la notion d’abus (elle a été facilitée par les auto-arrêts acceptés durant la période de la pandémie COVID-19) était mise à plat.
Eduquer les patients et ne pas être aussi généreux financièrement à ce sujet n’est-il pas une mesure de bon sens ?
Sur le principe une telle proposition se tient tout à fait, mais malheureusement elle n’est pas très populaire.
Or en période électorale il est de bon goût de taper sur des médecins libéraux (leur nombre est assez faible), plutôt que des français de base qui sont une force pour gagner des élections.
Un autre point a été à l’origine du mécontentement des libéraux : l’utilisation par les professionnels libéraux du DMP (on parle actuellement de mon espace santé, c’est plus moderne, et en période de crise économique il est plus simple de se payer une autre virginité qui a du engendrer des frais supplémentaires).
Le principe du DMP n’est pas forcément mauvais sur le fond, et évite dans certains cas des redondances d’examens médicaux inutiles.
Cependant, et sans jamais avoir demandé l’avis des libéraux, il a été imposé à ces soignants du secteur privé d’alimenter les dossiers des patients, cela sous peine d’une sanction financière conséquente.
Autrement dit, sans aucune rémunération supplémentaire on demande au praticien libéral d’alimenter une carte, ce qui demande plus de temps.
Le conseil constitutionnel a invalidé heureusement cette obligation qui a pour but une nouvelle fois de mettre à contribution, sans rémunération supplémentaire les libéraux.
Le fonctionnaire de base accepterait-il un tel compromis ? Je ne pense réellement pas.
Une autre mesure qui a été adoptée est celle concernant la diminution de paiement de certains actes en fonction de certaines règles pour réduire le déficit.
Ainsi des professionnels compétents vont devoir travailler en ayant une rémunération moindre, cela du fait de considérations économiques.
Pourquoi ne pas agir de la sorte avec des agents de la fonction publique ?
Je pense que dans ce cas les syndicats obtiendraient, plus facilement que les nôtres, un retrait d’un tel dispositif.
Enfin les médecins exerçant en secteur 3 (secteur où les consultations ne sont plus remboursées par les organismes sociaux), s’ils prescrivent des examens ou rédigent des ordonnances pour les patients, devront leur expliquer que leur remboursement ne sera plus effectif.
Un tel dispositif n’est-il pas discriminatoire ?
Les patients de ces médecins sont des assurés sociaux qui paient une certaine somme pour être remboursés des soins prodigués, et dans ce cas de figure leur participation financière n’a qu’un intérêt collectif, et pas individuel.
Tout cela pour dire que les libéraux sont excédés par des mesures imposées sans discussions comme dans les pays totalitaires.
Aux dernières nouvelles Mme Rist, après une semaine de tergiversations, pense dialoguer avec les syndicats.
Ce n’est pas très crédible à mes yeux !
L’argent n’est pas dans ces cas le motif principal des revendications actuelles des libéraux qui manifestent, et les français devraient y penser avant d’être aveuglés par des médias très orientés.
Merci Dr pour cet éclairage instructif
Une idée : aligner la période de non indemnisation sur la nôtre… 90 jours.
Par contre au bout de 6 années de remplacement je constate souvent un manque de réévaluation des ordonnances ( c’est plus facile de tout renouveler avec l’ordinateur !). J’ ai aussi vu des bilans biologiques systématiques avec des éléments qui me paraissait non justifiés : électrophorèse, magnésium tsh… Systématiques… Avec l’ordinateur c’est facile.
Un autre abus à mon avis, c’est la télé consultation et peut être omnidoc où le médecin correspondant touche aussi une rémunération… Dans le temps on avait des numéros de spécialistes qui nous depannait…
La médecine évolue, je le constate mais est-ce vraiment toujours dans le bon sens…
Un vieux médecin !
Stigmatisation des médecins généralistes : une stratégie politique récurrente
Il est pertinent de souligner, comme cela a été exprimé, que les politiques publiques tendent plus volontiers à cibler les médecins libéraux — dont l’effectif est numériquement limité — plutôt que l’ensemble de la population, qui constitue un levier électoral majeur. Cette dynamique, loin d’être spécifique à la France, s’observe également dans d’autres pays européens, notamment en Espagne.
Dans ce contexte, un discours récurrent consiste à opposer les usagers aux médecins généralistes. Par l’intermédiaire de responsables politiques et d’une partie de la presse, l’idée est entretenue que les médecins seraient responsables de la saturation des consultations, supposément en raison d’un manque d’engagement professionnel ou d’un temps de travail insuffisant. Cette narration simplificatrice occulte la réalité du terrain.
Or, la pratique quotidienne démontre l’inverse : de nombreux médecins généralistes assuraient des journées de travail comprenant jusqu’à 50 consultations par jour, souvent réalisées en 5 à 10 minutes par patient, incluant consultation clinique, actes techniques, prescriptions et tâches administratives. Ce rythme, difficilement soutenable sur le long terme, reflète davantage une pénurie structurelle de professionnels et une organisation du système de soins sous tension qu’un défaut d’implication individuelle.
Les propos rapportés par le Dr Frances Pierre s’inscrivent ainsi dans une continuité historique bien connue : face aux dysfonctionnements systémiques, la responsabilité est fréquemment déplacée vers les soignants de première ligne. L’histoire montre que cette stratégie se répète, au détriment de la reconnaissance du rôle central du médecin généraliste et sans apporter de réponse durable aux problèmes d’accès aux soins.
Dr Rickard Cayo Cayo
Medecin generaliste en Espagne .
Merci de vos éclaircissements, les médias n.en parlent peu , sans bonnes infos …