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Une lutte inégale vis-à-vis du fléau de la toxicomanie…

Récemment les médias ont partagé une nouvelle quelque peu déconcertante.

Laurent Vallet directeur de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel) a été suspendu de ses fonctions du fait d’une consommation de cocaïne.

Cette institution déjà sous les feux de l’actualité il y a quelques années pour des questions de dépenses exagérées de la part de sa direction est pointée du doigt une nouvelle fois.

La ministre de la culture a pris la décision d’écarter M. Vallet avec une grande détermination, décision prise au nom de la « sérénité de cette institution publique ».

Selon les médias, c’est à la suite de la filature par les forces de l’ordre (on oublie trop facilement le travail de ces fonctionnaires souvent injustement vilipendés) d’un jeune mineur de 17 ans, qu’il a été possible de remonter à ce dirigeant qui était un client régulier de ce vendeur de cocaïne.

Laurent Vallet n’a pas nié ce fait,  et a reconnu la gravité d’une consommation excessive de cocaïne

Il a expliqué vouloir mettre définitif un terme à cette dérive.

On ne peut que le féliciter, mais sous le coup d’une telle sanction la réaction n’est pas nécessairement appropriée.

Nous comprenons fort bien qu’il soit quelque peu dérangeant pour une institution publique comme l’INA d’avoir à sa tête un énarque consommateur de cocaïne.

L’exécutif depuis des années tente, avec plus ou moins de détermination, de lutter contre la toxicomanie sous toutes ses formes.

C’est ainsi que les médias louent fréquemment les douaniers, mais également les forces de l’ordre, cela à la suite de prises de drogues qui dépassent parfois l’entendement.

Cela donne du baume au cœur des français, mais nous fait oublier que ce n’est qu’un grain de sable dans un océan.

Parallèlement des lois sont promulguées pour limiter la consommation de stupéfiants aux mineurs (cas par exemple du protoxyde d’azote).

La toxicomanie, un fléau au sein de notre société

Cependant la réalité n’est pas tout à fait superposable à cet inventaire à la Prévert.

Il est intéressant de travailler conjointement avec les acteurs travaillant sur le terrain pour comprendre que tout n’est pas aussi rose que nous pourrions le penser.

Ainsi, en prenant en charge les sans abris depuis plus de 25 ans, je me rends compte que le nombre de personnes ayant une toxicomanie avérée est de de plus en plus important.

Outre les conséquences sur leur discernement, les addictions conduisent inexorablement à majorer de manière conséquente leur précarité.

Cette prise en compte avec les patients est également une constatation que pointe du doigt l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Tendances Addictives) avec un nombre de saisies de cannabis qui est passé de 6% en 2012 à 30% en 2023 (1).

Comme le souligne cet observatoire, ce phénomène s’explique également par le fait que la culture de ce stupéfiant ne cesse d’augmenter en Outre-mer.

Malgré la loi votée en 2021concernant l’interdiction de la vente de protoxyde d’azote chez les mineurs, la consommation de chez les jeunes de moins de 17 ans est évalué à 2,3% en 2022 ce qui n’est pas une paille (1).

Comme quoi il est facile de contourner une loi, pourtant « chère » à nos démocrates, chez les moins de 18 ans.

De ce fait les transactions concernant la drogue sont de plus en plus fréquentes (quantitativement et qualitativement), et le nombre de points de vente augmente de manière exponentielle.

Ce petit commerce se développe de manière tentaculaire dans les banlieues des grandes villes (les villes moyennes sont également impactées par ce fléau).

De cette manière des règlements sont clairement établis par les vendeurs qui n’ont pas de scrupules à créer un Etat dans l’Etat.

Il est impossible de circuler librement dans certaines rues de grandes villes sous peine d’être sanctionnés, ou rackettés, par les petites mains engagées dans le trafic de drogue.

Les riverains, et habitants de ces cités sont dans l’obligation d’adhérer à la loi des vendeurs de drogues.

Ces citoyens sont généralement muets, ou par peur de représailles témoignent à visage couvert.

Leur vie est parfois un enfer, vie qui est ponctuée par : des tapages nocturnes, des coups de feu intempestifs, et des brimades régulières.

Les médias distillent de manière homéopathique des reportages concernant les affres subis par les personnes qui vivent dans ces quartiers gangrénés par les trafics de drogue.

Parfois, et suite à des fusillades à l’origine de décès de mineurs ou de jeunes adultes, nous sommes informés qu’il existe une guerre de territoire dans certaines cités.

Ces annonces conduisent à des réactions ponctuelles de compagnies de CRS qui tentent, à la demande de politiques (ils  cherchent à montrer leur combativité), de calmer temporairement l’opinion publique (il est vrai qu’il est difficile d’éradiquer un tel fléau).

Ce qui est très curieux, c’est de voir l’abdication régulière des édiles qui acceptent parfois des compromissions inacceptables (cas de l’école maternelle qui a dû déménager car elle était située sur une zone de commerce de drogue).

Nous capitulons vis-à-vis d’une menace qui peut ou pourra concerner nos enfants ou petits-enfants.

Ce qui est encore plus difficile à accepter, c’est de voir le paradoxe entre la prise de décision pour le directeur de l’INA, et le tollé (indignation est un mot à mon sens plus juste) provoqué par certains députés à l’annonce qu’un des leurs devait être sanctionné car il avait acheté en catimini de la drogue à un adolescent.

Comment peut-on accepter que des sanctions pour des faits similaires soient différentes ?

Il est vrai que le député consommateur a expliqué qu’il « allait » être en cure de désintoxication.

Nous ne pouvons que l’encourager à aller sur cette voie, mais ce qui est regrettable c’est le fait que cette volonté se soit exprimée juste après l’achat qui a conduit à une mise en examen.

Ce qui est difficile à concevoir c’est d’avoir à l’esprit que nos énarques ne sont pas en odeur de sainteté comme nous pourrions le penser, et n’éprouvent aucune gêne d’être en dehors des clous.

D’ailleurs c’est grâce à leur propre consommation (elle n’est pas nulle je pense) que le commerce de la drogue devient de plus en plus lucratif.

Est-il normal que des élus de la République, qui doivent être les dignes représentants des valeurs de notre pays, n’aient aucun scrupule de les bafouer ?

A mon avis il est indispensable de changer la donne, et d’appliquer les règles que nous devrions tous suivre.

La démocratie ne peut s’affranchir de lois qui sont la base des principes édictés par nos anciens au sein de notre pays : égalité, liberté, et fraternité.

Nous ne devons pas oublier que l’Histoire est une science.

Dans ce contexte des retours cycliques concernant de tristes événements déjà vécus est une situation qui doit être prise en compte.

La fragilité des démocraties n’est-elle pas la base de notre déclin ?

 

  1. https://www.ofdt.fr/

Dr Pierre Frances

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