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Une guerre perdue d’avance…

Il y a quelques années de cela le ministre de l’intérieur qui était un des fers de lance du 1er gouvernement de M. Macron (il s’agissait de M. Collomb Gérard) avait proposé sa démission (elle avait été acceptée par le président).

Sans détour ce dernier avait exprimé une crainte pour la sécurité de notre nation, crainte faisant suite à un possible échec dans sa mission de sûreté de l’Etat : « Aujourd’hui on vit côte à côte, je crains que demain on vive face à face ».

Plus récemment un film (BAC Nord) montrait les affres du marché de la drogue dans le nord de Marseille.

Ce film terrifiant, car il était basé sur un fait divers, montrait que nous vivions dans deux mondes : celui des narcotrafiquants qui imposent leurs règles au mépris des lois promulgués au sein de de notre démocratie, et celui qui tout citoyen observe en théorie car soumis aux règles de la république.

J’ai été surpris que BAC Nord ne reçoive aucune récompense lors de la remise annuelle des prix attribués aux productions cinématographique.

Ce film a été d’ailleurs à l’origine d’un déplacement de notre président (je pense qu’il n’a pas apprécié cette histoire à la sauce méditerranéenne) sur Marseille en 2023.

Ce déplacement dans la cité phocéenne avait pour but de montrer la présence de l’Etat pour s’attaquer selon Radio France « aux guerres de fiefs. M. Macron vient remettre tout le monde d’équerre » (1).

Comme vous pouvez le comprendre le but de cette sortie était bien entendu de montrer qu’au-delà d’une histoire concernant une banlieue de Marseille, les forces de l’ordre étaient présentes pour assurer la sécurité.

Malgré ce déplacement le narcotrafic ne cesse de se développer, et il y a quelques jours de cela un meurtre a été commis sur un jeune qui avait le tort d’avoir un frère qui luttait contre les vendeurs de drogue.

Cette terrible nouvelle qui s’est déroulée en journée a été responsable de réactions très vives de riverains, mais aussi et surtout de journalistes.

Cet assassinat montre que Marseille est un centre névralgique du trafic de drogue.

Par voie de conséquence, et pour mettre en avant le rôle répressif de l’exécutif vis-à-vis du marché des stupéfiants, M. Nunez s’est déplacé dans la cité phocéenne le 20/11/2025.

Ce qui interroge, c’est de voir qu’au fil du temps nous ne pouvons qu’être très dubitatifs en ce qui concerne le rôle des politiques vis-à-vis de différentes actions dans le domaine de la lutte vis-à-vis des substances psychoactives.

Ce qui nous fait réfléchir, c’est de voir que l’on tente de rassurer les français avec une tournée rapide, et surtout des paroles (elles sont relayées par les médias) en apparence très rassurantes.

Dans les faits « malgré » les discours aussi lénifiants de nos têtes pensantes, les résultats sur le terrain frisent le ridicule.

Parler c’est facile, mais agir devient plus complexe

En fait la réalité du terrain est bien différente avec les descriptions faites par les journalistes.

Tout d’abord en ce qui me concerne, et travaillant auprès d’une population défavorisée depuis des années, je me rends compte que le pourcentage de personnes consommant des substances psychoactives ne cesse d’augmenter.

De plus je constate que certaines drogues autrefois confidentielles ou mal connues (comme la tranq, le crack…) font leur apparition dans les structures d’hébergement de sans-abris.

Ce qui m’interpelle également c’est la difficulté que mes collègues et moi-même avons pour qu’une prise en charge dans un but de sevrage puisse être entreprise.

Cela est d’autant plus difficile que nous n’avons, pour certaines substances psychoactives, aucun traitement pour effectuer un sevrage efficace.

Les professionnels de santé doivent s’adapter au fait que nous avons à prendre en charge des patients ayant des problèmes d’addictions très diverses, et souvent multiples plus fréquemment.

Les narcotrafiquants de leur côté se frottent les mains pour plusieurs raisons :

  • Le fait que le marché est de plus en plus florissant, cela est d’autant plus vrai que le marasme économique actuel encourage certains citoyens à oublier leur situation au moyen de ces substances
  • Les gains colossaux gagnés par ces trafiquants permettent de recruter des chimistes de grande valeur qui sont capable de synthétiser de nouvelles drogues que les professionnels de santé, tout comme les forces de l’ordre, ne connaissent pas ou mal parfois
  • De nouvelles technologies (les drones) viennent « au secours » des vendeurs de drogues, technologies qu’il est souvent difficile de contrecarrer. Les réseaux sociaux permettent également de communiquer entre consommateurs et vendeurs en toute impunité, et par ce filtre favorise une plus grande attractivité chez les plus jeunes qui sont attirés comme les mouches avec ces nouveaux outils de communication
  • Un profil de consommateurs (vedettes du petit ou grand écran, politiques de tout poil) qui peut nous faire pâlir du fait de leur rôle théorique d’aide au sevrage. Or en pratique ils passent allègrement au-dessus de leur fonction (il est vrai qu’elle n’est pas réellement exprimée)
  • Ils ont des moyens de pression énormes. Ils savent y recourir  en menaçant ou intimidant les maires et leur famille. Par voie de conséquence certains restent silencieux, et acceptent par peur les lois imposées par ces gangs de la drogue

Ce qui me hérisse, c’est de voir que nos enfants et petits enfants sont des proies faciles et peuvent être les victimes d’un tel type de travers.

Or il me paraît inconcevable de nos jours d’intervenir à ce niveau car l’implantation des réseaux de narcotrafiquant est solide.

Nous ne devons pas perdre de vue que cette constatation fait suite à une inertie coupable depuis des décennies des pouvoirs publics.

Il est vrai qu’il est plus facile de s’exprimer à droite et à gauche, souvent avec la complicité des médias, que d’agir vis-à-vis de problématiques sociétales difficiles à résoudre.

« Le manipulateur est un dealer, il vous livre ses doses, vous rend dépendant, et s’enrichit en vous méprisant » J. Eldi

 

Dr Pierre Frances

3 Commentaires

  1. Il m’arrive, avec beaucoup de diplomatie, de demander aux consommateurs si cela ne les gêne pas de savoir qu’il y a du sang sur leur drogue…
    Il faudrait peut être plus sévère sur les sanctions en particulier financière pour les consommateurs !

  2. Triste et catastrophique réalité Dr Frances ! D’ailleurs, devenue purement théoricienne la France n’ agit plus. La guerre, elle est ici, depuis des dizaines d’années, dans nos quartiers devenus malades de drogues, de violence et de haine… « On était un pays de producteurs, d’agriculteurs, d’ingénieurs, de médecins, un pays de créateurs et on est devenu un pays d’inspecteurs et de contrôleurs, de coordinateurs, de vérificateurs, de conseillers d’état… … ce pays est mort !  » https://fb.watch/Dx7BCxpVC5/

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