Un déficit qu’il faut tenter de résorber
Les pouvoirs publics sont depuis de nombreux mois aux abois du fait d’un énorme déficit concernant notre système de santé.
De ce fait de nombreuses propositions ont été formulées pour tenter d’améliorer le bilan financier la sécurité sociale.
Ainsi pour réduire l’envolée des paiements des arrêts de travail il a été décidé de mettre sous objectif les médecins gros prescripteurs.
Parallèlement les tarifs pratiqués par certains spécialistes (les radiologues notamment) ont été modifiés pour éponger le déficit.
Il en est de même en ce qui concerne les marges obtenues par l’industrie pharmaceutique ; elles deviennent d’ailleurs ridicules ce qui incite à des ruptures de stock ou des déremboursements (cas notamment de certaines spécialités pour autant peu onéreuses : les laxatifs).
Bref des mesures qui sur un plan de notre système de santé n’est pas satisfaisant, car il est responsable d’une colère des professionnels de santé (médecins, pharmaciens, infirmières qui n’ont pas été revalorisée depuis des années).
On juge les médecins libéraux, sans aucun fondement d’ailleurs, responsables d’une situation financière, cela sans qu’ils soient impliqués directement dans ce marasme économique.
De plus les économies réalisées faisant suite à cette prise de position qui prend en otage les soignants seront probablement dérisoires compte tenu de la somme rondelette (elle est même colossale) qui doit être remboursée.
Il est vrai qu’il est plus facile de taper sur une minorité que sur un électorat élargi qui peut faire payer très cher un poste politique convoité lors d’une élection.
Une main mise sur les fraudeurs, mais sans réellement avoir des données fiables
Parallèlement à ce tour de vis qui concerne les professionnels de santé, d’autres mesures ont été prises en compte.
C’est le cas notamment des fraudeurs qui vont être traqués.
Les médias ne cessent de le marteler, et les responsables politiques sont fermes dans leur propos en ce qui concerne cette chasse aux contrevenants.
Ce qui est quelque peu « amusant » dans le domaine de la triche, c’est de voir qu’il existe des désaccords sur les données mises sur la table par certains, et celles formulées par les autres.
Dans un domaine qui fait couler beaucoup d’encre, celui des cartes vitales surnuméraires frauduleuses pour certaines, les avis divergent en ce qui concerne leur nombre.
Il est amusant de regarder les différents articles rédigés dans des quotidiens de tout bord (le Monde, Libération, Le Figaro, Médiapart, l’Humanité par exemple), ou des reportages qui ont été diffusés sur certaines chaines de télé (publiques ou privées).
Les journalistes qui se sont intéressés à cette problématique ont des questionnements qui nous interpellent car ils ne savent pas sur quelle base ils peuvent discourir.
Des sénateurs, en s’appuyant sur un rapport de l’inspection générale des finances et des affaires sociales, estimaient en 2013 qu’il existait 7 millions de cartes vitales surnuméraires.
Ce nombre était évalué à 5 millions par la commission d’enquête parlementaire, chiffre qui a bien diminué avec 2,6 millions de cartes vitales en trop en 2020.
Si nous nous référons au rapport de l’IGAS (inspection générale des affaires sociales), 58 millions d’assurés sont en possession d’une carte vitale en 2023.
Or, en comptabilisant les personnes ayant plus de 16 ans (elles ont une carte vitale), le nombre d’assurés, et ayant droit, qui devrait être détenteur de ce passe devrait être de 56,7 millions.
Aussi si nous réfléchissons quelque peu, nous pouvons voir qu’il existe avec ces données un surplus de carte vitale, surplus qui s’établit sur une base de 1,3 millions.
Suite à ces chiffres qui donnent le vertige, il est important de demander des explications aux principaux protagonistes de cette affaire : l’assurance maladie.
Cette dernière a pu expliquer par le biais d’un des directeurs, en étant par ailleurs droit dans ses bottes, et sur franceinfo, qu’en 2018 il n’y a plus de cartes vitales en surnombre au sein de la sécurité sociale.
Par contre les responsables administratifs expliquent que, s’il existe un grand nombre de cartes vitales, cela est favorisé par des doublons avec certains régimes spéciaux comme les mines.
Suite à ces propos, de nombreux journalistes, et même un magistrat (Charles Parts), ont partagé dans différentes publications des avis quelque peu divergents.
Ainsi notre magistrat s’est quelque peu emballé dans un quotidien national en expliquant : « Il existe des millions de zombies dans les fichiers de la sécurité sociale », et il évaluerait la fraude sur la carte vitale entre 67 et 84 millions.
Il est vrai que la Cour des Comptes a évalué la fraude aux prestations sociales à 2,6 voire 3,2 milliards d’euros en 2023 (l’utilisation abusive des cartes vitales en surnombre étant un maillon de cette fraude dans ce cas de figure).
Mme Mathilde Lignot-Leloup directrice de l’assurance sociale expliquait :
« Fin 2020 le nombre de cartes surnuméraires était de 41 000, et nous avons bon espoir d’arriver à un chiffre résiduel à la fin de l’année ».
Ce qui est curieux, c’est le fait que le chiffre avancé par cette responsable change considérablement en fonction des jours.
En effet, et sans aucune critique formulée, les responsables de nos organismes sociaux ont expliqué quelques jours plus tard que le surplus de cartes vitales était voisin de 600 000 sur cette période.
En 2022, et je pense de manière assez critique, Nicolas Dupont Aignan avait décrété qu’il y avait des millions de cartes vitales surnuméraires.
Bref il est difficile de faire la part des choses concernant le chapitre dédié au nombre de cartes vitales en surnombre.
En tant que français, mais aussi contribuable, je me pose des questions qui doivent tous nous tarauder je pense :
- Comment est-il possible de ne pas connaître avec plus de précisions le nombre réel de cartes vitales mises en circulation, et celles qui sont en doublon ? N’avons-nous pas augmenté le nombre d’agents de l’Etat qui pourrait contribuer à enquêter sur ce sujet, et à fournir des données fiables ?
- Parmi les cartes vitales surnuméraires, quelle est l’ampleur de la fraude ? Cette fraude a-t-elle pour conséquence de favoriser, sur une certaine mesure, l’achat de médicaments onéreux pour les revendre vers d’autres cieux ?
Ce qui doit nous faire réfléchir, c’est le fait qu’il est difficile d’avoir une idée claire sur une potentielle fraude qui n’est pas anecdotique car elle est à l’origine de nombreux articles dans des journaux (dans ce cas de figure il n’y a pas de réelle différence en ce qui concerne les idées développées par les journalistes, et concernant le traitement de ce sujet hautement polémique).
Ce qui est très perturbant c’est de voir que la gestion des finances publiques se révèle parfois très hasardeuse, et nous ne sommes jamais mis dans la confidence de la réalité des fraudes effectives.
Imaginons en tant que français de base la manière dont nous serions traités si nous avions une comptabilité mal ficelée.
Nous serions à coup sûr dans le collimateur du fisc, et nous aurions à payer un redressement parfois important.
Ne doit-on pas réclamer une plus grande transparence en 2026 en ce qui concerne les comptes publics ?
Belle synthèse d’une gabegie bien française