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Des prises de décisions pas nécessairement opportunes

Un confrère, qui a décidé depuis quelques années de « rempiler » professionnellement, a été réquisitionné pour établir un certificat de décès.

Ce qui a fait réagir de nombreux collègues dans les colonnes de journaux professionnels, c’est le fait que ce dernier est âgé de 79 ans.

Les réquisitions ne sont pas exceptionnelles dans le monde de la médecine libérale.

De ce fait, et très régulièrement, les responsables administratifs de départements (ils n’ont pas tous la même manière d’agir du fait d’une possible volonté carriériste de certains par rapport à d’autres) n’ont aucun scrupule à imposer certaines tâches à certains médecins avec une contrainte clairement affirmée (cas de la participation à la permanence des soins).

Dans le cas de figure de notre praticien âgé, ce dernier n’a pas répondu favorablement aux exigences des énarques qui ont pris la décision de le réquisitionner.

De ce fait il a été convoqué dans une gendarmerie (on ne sait pas réellement si cette convocation était en relation avec son refus, ou son comportement).

A l’issue de l’entrevue qu’il a eue avec des gendarmes il a été mis en garde à vue durant 24 heures.

Bien entendu ce dernier n’a pas réellement apprécié cette manière d’agir, et il a bien entendu décidé de partager ses mésaventures au sein de différents journaux qu’ils soient professionnels ou non.

Un enchainement de maladresses ?

Si nous reprenons le fil de cette histoire, il me semble que certains éléments n’ont pas été suffisamment développés pour mieux appréhender la situation.

Visiblement notre confrère a le sang chaud, et s’est « emballé » lorsqu’on lui a demandé de se déplacer pour constater une garde à vue.

Les forces de l’ordre, souvent vilipendées lors de la réalisation de missions d’intérêt public (c’est le cas pour notre confrère), montent de plus en plus au créneau pour dénoncer les incivilités des citoyens.

Nous ne pouvons que souscrire à leur prise de position, car il est inconvenant d’accepter de se faire insulter dans le cadre des missions demandées par la hiérarchie.

Tout professionnel en charge d’actes demandées par les pouvoirs publics se doivent d’être respectés.

C’est le cas également pour les soignants qui viennent à la rencontre de patients en détresse.

Certains, malgré une contribution de qualité, sont critiqués, ou parfois molestés sans comprendre les raisons de tels actes.

Souvent les journalistes ne relatent qu’une partie des faits, ce qui est parfois injuste vis-à-vis de certains acteurs de terrain qui agissent de manière très professionnelle.

Dans notre cas la notion de respect de la force publique n’a pas été suffisamment développée à mon goût, et aurait dû être plus étoffée dans les narrations des journalistes.

Il est certain que la prise de position du directeur départemental de l’ARS n’était pas nécessairement appropriée dans ce cas de figure.

Et c’est à ce titre qu’il faudrait le faire réfléchir, et éventuellement demander des comptes à ce directeur de l’ARS, suite à sa volonté d’imposer à un retraité un acte qui aurait dû être effectué par un autre confrère.

Ne serait-il pas intéressant pour ces administratifs de quitter quelques jours leur tour d’ivoire pour rencontrer des professionnels de santé pour mieux les comprendre ?

De plus en plus notre service « public » n’assure plus les missions qui devraient lui incomber, et se permettent de demander aux libéraux d’agir à leur place.

De cette manière leurs effectifs (ils ne se réduisent pas) sont déployés à des missions autrement plus importantes : le bien être du patient, l’écoresponsabilité (c’est vrai que cette nouvelle compétence est à l’origine d’une augmentation importante des effectifs).

Mais on oublie trop facilement qu’au sein de ces administrations des confrères ont des tâches administratives, et pourraient être détachés à des missions d’ordre public.

Dans le cas de ce certificat de décès, n’aurait-il pas été plus correct de demander le concours d’un généraliste de l’ARS qui se serait déplacé durant ses heures de travail (35 heures il ne faut pas l’oublier) ?

Notre récit est malgré tout très perturbant car déranger un confrère qui aurait pu être depuis des années à le retraite, cela nous fait réagir de manière épidermique.

En effet se dévouer de la sorte vis-à-vis de nos concitoyens doit être chaudement salué.

Nous pouvons parallèlement réagir suite à la décision, prise par nos instances judiciaires, de mettre notre confrère en garde à vue.

Cette décision est tout à fait disproportionnée, et ce même si le manque de respect à l’égard des forces de l’ordre est le motif qui a contribué à cette situation.

Au-delà de ce cas de figure nous devons comprendre plusieurs problématiques que les libéraux subissent quotidiennement :

  • Une charge administrative excessive, et parfois inutile (les paroles de l’exécutif qui promettent des changements dans ce domaine ne sont pas réellement actées sur le terrain)
  • Un flot incessant de patients qui ont parfois des difficultés à trouver des professionnels de santé, et deviennent de ce fait dans certains cas très agressifs
  • Des brimades de la part des caisses qui effectuent des contrôles tout à fait absurdes (cas des arrêts de travail) car ils ne conduisent pas à un enrichissement personnel. Il serait, à mon avis, plus logique de regarder plutôt du côté des patients
  • Un manque total de reconnaissance, et même dans certains cas du mépris de la part des pouvoirs publics en ce qui concerne le rôle des libéraux dans notre système de santé.

Découlant de cette dernière constatation, nous avons vu avec la prise de décision de réquisitionner un collègue de plus de 70 ans la volonté d’agir à l’aveugle sans connaître les réalités du terrain, et sans se préoccuper de l’état de santé de notre confrère.

Les administratifs sont des automates qui sont animés, pour grande majorité d’entre eux, d’aucune flamme humaniste.

Mais ils oublient qu’un jour plus ou moins proche ils seront de l’autre côté de la barrière, et seront heureux de trouver un soignant qui les écoutera.

Dr Pierre Frances

3 Commentaires

  1. Cher confrère,
    Votre bon sens n’est malheureusement plus la qualité la mieux partagée dans ce monde de plus en plus fou à tout les niveaux.
    Pour ma part, mon bon sens m’a incité à ne reprendre aucune activité médicale après ma retraite à 65 ans, malgré l’envie et les circonstances qui me titillent toujours. Ma famille et moi-même profitons de cette disponibilité agrémentée de quelques heures de bénévolat non médical.
    Égoïsme assumé, la société nous dissuadant de faire autrement, ce dernier exemple de réquisition n’en étant qu’un exemple parmi d’autres.

  2. cet article, peut-être trop bienveillant, est remarquable, complet et juste de bout en bout
    (j’ai 86 ans et plus de 60 ans d’expérience hospitalière comme toute le monde et libérale)

  3. il vaut mieux taper sur 1 septuagénaire que sur 1 lascar:ce n’est pas raciste.
    sinon le confrère peut prendre sa retraite illico!

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