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Des choix discutables…

Un journal télévisé a diffusé il y a quelques jours de cela un reportage sur une pratique qui visiblement ne cesse de croitre : la récupération d’ovocytes de femmes qui souhaitent différer un projet de maternité.

Afin de pouvoir gravir les échelons, et obtenir un poste bien rémunéré, ou afin de s’investir pleinement dans le monde professionnel des français (je parle dans ce cas aussi bien des hommes que des femmes) sacrifient leur vie familiale.

Autrefois le pilier de la cellule familiale était l’homme qui apportait la stabilité financière, et laissait à sa femme la charge de l’éduction des enfants.

On ne parlait que très peu de cette situation qui était à l’origine de sacrifices d’ordre professionnel de la gent féminine qui dans un grand nombre de cas ne travaillait pas car à cette époque il était très mal vu de laisser à des étrangers sa progéniture.

Depuis plusieurs décennies des changements au sein des familles sont observés.

Les femmes souhaitent s’épanouir comme les hommes dans leur vie professionnelle, ce qui est tout à fait naturel.

En effet nous évoluons avant tout dans une société qui a la volonté de mettre au même niveau les deux sexes.

De cette manière elles ne sont plus dépendantes de leur compagnon, et peuvent plus facilement assumer un divorce ou s’exprimer sans avoir besoin d’obtenir l’aval du compagnon.

Cette évolution sociétale n’est pas critiquable, et tout au contraire va dans le sens de l’égalité qui est à mon sens de très bon aloi.

Compte tenu de choix effectuées sur un plan professionnel, certaines citoyennes n’ont pas fait le premier pas pour constituer une cellule familiale car elles sont accaparées par leur travail.

De ce fait, afin de programmer leur maternité future (la plupart n’ont pas encore trouvé le compagnon idéal) elles ont décidé de récupérer des ovocytes précieusement conservés dans des centres dédiés à cette quête.

Cependant le projet de devenir mère est une idée (pas nécessairement une volonté assumée) qui traverse l’esprit de ces personnes, cela de manière très hypothétique dans la grande majorité des cas.

Le journaliste qui a réalisé le reportage explique que la France est le seul pays au monde à rembourser un tel acte.

Cependant les délais pour pouvoir avoir un rendez-vous ne sont pas proches, et les unités réalisant ce type d’acte demeurent peu nombreuses.

Un professeur de gynécologie très investi dans ce domaine expliquait dans l’interview de la journaliste qu’il était nécessaire de changer la donne.

Pour ce dernier à l’avenir l’accès des femmes, qui souhaitent planifier cette récupération ovocytaire, doit se simplifier.

Ce confrère aguerri dans cette pratique milite pour une multiplication des centres pouvant réaliser cet acte.

Nous apprenons par la suite qu’en Espagne il est facile d’obtenir un tel service avec des délais bien plus corrects qu’en France.

Cependant, et contrairement à la France les femmes souhaitant effectuer dans ce pays la récupération d’ovocytes doivent prendre rendez-vous dans des structures privées.

Elles sont choyées dans les cliniques gynécologiques pratiquant ces actes (elles pullulent d’ailleurs, et leur aura est énorme chez les françaises).

De plus elles sont reçues rapidement, mais le seul écueil est d’ordre financier.

Et oui, pour réaliser ce type d’acte le gouvernement espagnol ne rembourse pas cette pratique.

Les femmes volontaires doivent de ce fait débourser plus de 5 000 euros en sachant que toute implantation peut être dans certains cas un échec.

Un système de santé français en grande difficulté sur un plan économique, avec des patients parfois en grande difficulté dans le domaine du soin

A côté de cette volonté de certaines femmes souhaitant « plus ou moins » une procréation tardive, nous sommes en tant que professionnels de santé confrontés à des situations parfois difficiles.

Ainsi certaines femmes retraitées (les hommes sont aussi concernés) avec de faibles revenus retardent la réalisation de certains actes médicaux pour des raisons pécuniaires.

Compte tenu du déficit abyssal de la sécurité sociale, l’exécutif « se défausse » quelque peu dans la prise en charge du soin en la reportant sur des mutuelles pas nécessairement philanthropes.

De ce fait le taux de remboursement se réduit petit à petit, et de nombreux compatriotes n’ont pas les moyens, du fait de tarifs prohibitifs, de souscrire à une assurance privée.

Le plus souvent ces personnes ne manifestent pas leur mécontentement vis-à-vis de cet état de fait.

Elles sont résignées et acceptent leur sort sans jamais éprouver quelconque rancœur.

Or en tant que professionnel de santé, nous sommes parfois confrontés à des situations en cancérologie, cardiologie notamment où la prise en charge tardive de ces patients est à l’origine d’une morbi-mortalité plus importante.

Nous laissons sur le carreau des personnes qui pour certaines ont travaillé toute leur vie, et qui ont des réticences à se faire soigner pour des raisons financières.

En tant que soignant nous sommes très régulièrement confrontés à de telles situations, et parfois nous devons faire des choix pas nécessairement éclairés.

Les foyers de l’enfance sont souvent montrés du doigt du fait de certains manquements sur un plan éducatif, mais également en ce qui concerne le domaine de la santé.

Au sein de notre département il nous a été demandé, en tant que généraliste, de prendre en charge ceux qui n’avaient pas de médecin traitant.

Confronté à jeunes qui se retrouvent à 18 ans en dehors de ce type d’établissement, j’ai été profondément choqué par la fragilité de ces adultes.

J’ai pu constater des carences effectives (on peut comprendre ce point, et ce d’autant plus que la cellule familiale est absente ou défaillante pour ces patients), mais aussi sur un plan médical (carence concernant certaines prises en charge).

Ces jeunes souffrent de nombreux maux, et nous sommes parfois avec l’ensemble des professionnels de santé mobilisées, et nous sommes fréquemment en grande difficulté pour les résoudre.

A l’origine de ces différentes problématiques, on nous explique que le manque cruel de moyens est responsable de cet état de fait.

Est-il normal de rester fataliste vis-à-vis de cette population qui a besoin de s’épanouir dans la société ?

Ne serait-il pas opportun également de venir en aide sur un plan médical aux retraités qui ne peuvent accéder aux soins du fait d’une couverture sociale partielle ?

Dans tous les cas de figure des choix ont été approuvés par l’exécutif, choix souvent « politiquement » corrects.

Mais ne semble-t-il pas nécessaire également de regarder certaines franges de la population qui ont des difficultés à accéder aux soins ?

Ne sommes-nous pas discriminatoires pour certains, et n’avons-nous pas un comportement de largesse volontairement assumé pour d’autres ?

En tant que professionnel de santé je constate souvent une trop grande mansuétude à l’égard de patients très demandeurs, et une indifférence coupable à l’égard d’autres qui nécessitent malgré tout une prise en charge correcte.

Dr Pierre Frances

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