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A propos de « Big Pharma »

La vision de l’industrie pharmaceutique n’est pas très positive pour un nombre non négligeable de concitoyens.

Il est vrai qu’un dirigeant d’une firme américaine avait tenu un discours peu humaniste il y a quelques années de cela lors de la mise sur le marché d’un traitement qui avait pour but de traiter l’hépatite C.

Ce cher monsieur avait expliqué que le prix très élevé pour se procurer son médicament était moindre par rapport à celui engendré par une transplantation hépatique.

Son raisonnement n’était pas tout à fait faux, mais derrière de tels propos nous ne pouvons que déplorer un certain cynisme.

Ce chef d’entreprise n’avait pour seul but que de gagner de l’argent sur le dos des patients, et il n’avait aucun scrupule de partager cette opinion.

Son attitude a par ailleurs été vivement critiqué, et il a été secondairement été licencié suite au désaveu exprimé par les actionnaires (ces derniers ont été dans l’obligation d’agir de la sorte je pense).

Il est vrai qu’il faut avoir les reins solides pour pouvoir mettre sur le marché un nouveau traitement.

Outre le choix de la molécule (il faut en éliminer plus de mille pour en avoir une qui pourra éventuellement être commercialisée ultérieurement) qui semble la plus adéquate pour devenir un médicament prometteur, il faut réaliser par la suite des essais suivant des protocoles très stricts auprès de malades.

Tout cela pour dire que le coût de la recherche est prohibitif, situation contraignant de nombreux laboratoires à fusionner pour survivre.

La recherche pharmaceutique est un enjeu vital pour les grandes firmes pharmaceutiques car les molécules mises sur le marché depuis de nombreuses années sont copiées du fait de la perte des brevets au-delà de 10 années.

De ce fait elles ne sont plus rentables pour les grands groupes pharmaceutiques.

Par voie de conséquence des choix ont été effectués pour rentabiliser la recherche (les grand groupes se concentrent sur des créneaux rémunérateurs comme la cancérologie, et on délaisse le secteur de l’infectiologie), mais aussi la pérennité de certains sites industriels.

Récemment un article de très bonne facture du journal Les Echos a mis en lumière le fait qu’en France l’assurance maladie a majoré ses dépenses (27 milliards d’euros en 2024) en ce qui concerne le poste pharmaceutique.

Le coût du remboursement par le système de santé des médicaments a augmenté de 7 points entre 2014 et 2025.

Le directeur de la CNAM a expliqué, très justement d’ailleurs, qu’en Europe la France est le pays qui rembourse le mieux les assurés sociaux en ce qui concerne les frais pharmaceutiques.

Les raisons de l’envolée des dépenses en matière de santé

Nous ne devons pas perdre de vue que parmi les traitements les plus onéreux, donc ceux qui sont à l’origine de ces dépenses, nous avons surtout les traitements innovants utilisés en cancérologie.

Une augmentation du coût pour l’assurance maladie concernant ces médicaments a été évaluée à plus de 400% en 10 ans, coût qui dépasse allégrement les 3 milliards d’euros.

A titre d’exemple la journaliste des Echos a expliqué que le pembrolizumab, anticancéreux (c’est un anticorps monoclonal) administré à 60 000 patients dans le cadre d’un cancer de l’estomac est le traitement le plus cher en oncologie (la dépense pour la sécurité sociale est de plus de 1 milliard).

L’oncologie est la spécialité médicale qui devient de plus en plus importante, cela du fait d’un vieillissement de la population.

Dans notre département il y a 20 ans, nous avions 2 oncologues, et aujourd’hui nous avons plus de 10.

Notre espérance de vie augmente, mais en devenant plus âgé, nous avons des pathologies plus fréquentes.

D’autre part, et faisant suite à une étude, nous avons pu apprendre que les plus de 80 ans ont recours à plus de 100 boites de médicaments chaque année en moyenne selon l’assurance maladie.

Nos ainés sont porteurs de pathologies parfois complexes et lourdes (cas du diabète, de l’infarctus…), pathologies qui sont à l’origine d’un remboursement intégral des frais pharmaceutiques dans le cadre de leur prise en charge.

En effet toute pathologie importante, ou particulièrement onéreuse, est prise en charge au titre des affection de longue durée à 100%.

Bien entendu des règles plus strictes quant à l’administration des traitements coûteux pourrait être imposés par l’exécutif.

La discussion d’une participation financière aux dépenses pour ces postes par les mutuelles pourrait être effectif.

En cancérologie, comme le souligne le directeur de la CNAM, certains traitements ont un bénéfice très limité sur un plan clinique.

Cependant est-il humainement raisonnable de ne pas permettre l’accessibilité d’un traitement hors de prix pour qu’un patient puisse vivre quelques mois supplémentaires ?

Nous comprenons facilement le fait que nous acceptions de telles dispositions, car après tout dans quelques années ne serons-nous pas dans la même situation que ces personnes en fin de vie ?

De plus on ne peut pas rester insensible à ces cas de figure concernant des personnes souvent très conscientes de leur état.

Ce qui est plus difficile à accepter c’est le fait que certains laboratoires (ils ne sont pas rares) décident de céder les médicaments ayant peu de valeur pécuniaires (les médicaments anciens dit matures).

Ces molécules qui sont régulièrement utilisées par les médecins de ville sont d’une grande utilité.

Or nous nous rendons compte que leur disponibilité, pour des raisons de coût (l’assurance maladie a mis un frein concernant le prix de ces molécules, rabais demandé qui ne va pas permettre une réduction des dépenses d’ailleurs), devient très aléatoire.

De ce fait le praticien libéral est souvent confronté à une pénurie de certains médicaments pourtant importants.

Dans ce contexte ne serait-il pas utile de réfléchir pour avoir une politique différente dans ce domaine pour ne pas que le patient de ville ne soit contraint d’accepter un manque de certaines molécules ?

Comme certains journalistes l’ont montré dans des reportages successifs, les contrôles concernant la falsification d’ordonnances pour les anticancéreux revendus à l’étranger ne doivent-ils pas être une priorité de nos organismes sociaux ?

Dr Pierre Frances

Un Commentaire

  1. Pour info… Et comme quoi big pharma nous manipule…
    Mais ce n’est que mon opinion.
    Benoît

    L’exposition aux divers hypocholestérolémiants a peu changé entre 2018 et 2022. En 2022, la place accordée aux médicaments de premier choix est restée minoritaire, voire en régression : environ 22 % versus 28 % en 2018. Environ 70 % des patients ont été exposés à des statines versus 62 % en 2018. Environ 8 % des adultes de l’ESND en 2022 (soit par extrapolation environ 600 000 personnes en France) ont été exposés à un fibrate plus dangereux qu’utile versus 11 % en 2018 (2,5). Ces données sont détaillées dans le tableau ci-dessous.

    LRP507_OUV_expo_medicaments_hypochol

    Les résultats concernant les situations d’utilisation des hypocholestérolémiants en 2022 montrent les mêmes tendances qu’en 2018 (2,5). En 2022, les statines de moindre intérêt ont compté pour 78 % des expositions en situation de prévention secondaire, et 63 % des expositions en situation de prévention primaire (versus respectivement 71 % et 54 % en 2018). La pravastatine a encore été plus fréquemment prescrite en prévention primaire (environ 12 % pour 9 % en prévention secondaire), dans des proportions toutefois moins importantes qu’en 2018 (1,5).

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