A propos des féminicides….

Très récemment des marches blanches ont été organisées pour une meilleure sensibilisation vis-à-vis des féminicides.

Cette décision fait suite au meurtre d’une femme qui avait décidé de ne plus vivre avec son compagnon du fait de menaces itératives.

Parallèlement à ce fait divers nous avons appris que le nombre de féminicides est en augmentation.

Nous ne pouvons qu’être irrités par ces données qui nous confortent dans l’idée que nous ne sommes pas suffisamment réactifs en ce qui concerne la protection des femmes.

Il est frappant de voir que des avocats, mais aussi certaines victimes, mettent en lumière une triste réalité : les menaces envers les femmes ne sont pas prises en considération à leur juste valeur.

Ce qui est quelque peu étonnant c’est qu’au fil des années les pouvoirs publics ne cessent de communiquer à ce sujet, sujet qui est devenu une priorité.

Durant la période de confinement, et du fait de la COVID-19, nous avons pu rencontrer dans les services des urgences de nombreuses femmes ayant été violentées.

La promiscuité permanente au sein de la cellule familiale est une source de tension, mais aussi le témoin d’une difficulté pour les couples d’accepter certaines concessions qui étaient acceptées par nos anciens.

Même si les politiques de tout poil, mais aussi de nombreuses associations, montent au créneau pour dénoncer les propos ou publicités assez misogyne diffusés par les médias, nous voyons que sur le terrain les coups peuvent pleuvoir dans certains foyers (les enfants ne sont pas nécessairement épargnés par la violence, ce que nous ne prenons pas nécessairement en compte également).

Des actions associatives mal structurées

Par ailleurs certains faits doivent nous interpeller en ce qui concerne les actions sur le terrain d’associations venant au secours des femmes maltraitées.

Ainsi au sein de notre département (je pense qu’il en est de même dans les autres départements) le nombre d’associations qui ont pour volonté de venir en aide aux femmes est en constante augmentation.

En étant sur le terrain je constate que de nombreux articles mettent en avant leurs rôles dans les médias locaux.

Malheureusement sur le terrain la réalité est bien différente, et j’ai été quelque peu surpris par leur manque de structuration.

Chaque association travaille pour son propre compte, et ne connait pas son voisin, ou dans certains cas ne se donne pas les moyens d’évaluer les rôles des autres (il est vrai qu’ils sont souvent superposables).

Pire certaines structures bénévoles prennent la parole pour distiller des paroles qui nous étonnent car elles ne sont pas du tout en accord avec les réalités du terrain.

Ainsi nous avons pu apprendre par la presse (cela m’a grandement énervé) il y a quelques mois de cela qu’aucune structure n’était capable de prendre en charge pour un hébergement des femmes battues ou menacées.

Cela est tout à fait faux car il existe au sein de notre département différentes possibilités pour permettre à toute personne en état de détresse (il s’agit des femmes comme les hommes) d’avoir une aide en urgence grâce au 115 qui ne laisse personne sur le carreau.

De nombreux professionnels œuvrent dans des structures  CHRS (centre d’hébergement et de réinsertion sociale) pour proposer en plus d’un hébergement parfois sommaire, mais aussi une aide pour rebondir sur un plan professionnel.

Ces personnes sont des humanistes, elles agissent parfois avec de grandes difficultés du fait de menaces, et nous ne devons pas oublier qu’elles interviennent pour le bien des femmes.

De ce fait il est important de reconnaître leurs actions, et que les personnes qui veulent  briller devant les journalistes puissent regarder autour d’elles pour éviter des redondances, mais surtout développer des actions plus utiles (cas d’informations de qualité).

J’ai pu constater l’inertie sur le terrain de certaines associations qui se contentent de donner des conseils (ils ne sont pas nécessairement compris, ou ne sont pas le soutien souhaité par les femmes menacées), et ne se déplacent pas.

Des pouvoirs publics qui doivent être plus performants

Parallèlement les pouvoirs publics ont tenu à montrer qu’ils se mobilisent vis-à-vis d’une cause pour laquelle nous n’avons pas à rester insensibles.

Sur le terrain nous sommes surpris par le contraste entre la volonté d’intervenir, et l’inertie de certaines administrations.

Les forces de l’ordre ne sont pas nécessairement promptes à prendre en compte les plaintes des patientes violentées, et préfèrent souvent que ces plaintes deviennent des mains courantes (j’ai pu le constater personnellement).

En tant que professionnels de santé nous nous sentons responsables vis-à-vis de situations pouvant être à l’origine d’un homicide.

Par voie de conséquence, et cela a été mon choix il y a quelques années de cela (moins de 5 ans), j’ai décidé d’avertir le procureur de la république du fait d’une réaction pas très comprehensive des forces de m’ordre.

Il faut reconnaître que ce dernier a été prompt à prendre en compte mon certificat.

Les juges conscients également de certaines situations complexes entre ex époux prennent des décisions de refuser toute approche sur une certaine distance des hommes violents.

Pour ce faire, et après le réquisitoire de ces juges, aucune mesure fiable pour s’assurer de cette décision n’est actée.

Comme l’a souligné un journaliste il est facile d’imposer certaines mesures, mais du fait d’une mise en œuvre très frileuse sur le terrain (manque patent de bracelet électronique) de nombreuses femmes sont violentées.

Dr Pierre Frances