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L’urgentiste versus le généraliste, deux pratiques différentes mais complémentaires à certains égards

Les patients sont souvent confrontés à une prise en charge par deux professionnels : leur médecin généraliste (le médecin traitant), et l’urgentiste qui est vu au décours d’une pathologie aiguë nécessitant parfois des examens complémentaires.

Ces professionnels ont différents statuts : les urgentistes sont en grande partie des hospitaliers (certains œuvrant dans des cliniques sont libéraux), et les généralistes sont des libéraux pur sucre (certains sont salariés cependant de centres de santé municipaux ou régionaux).

Ces deux types de soignants peuvent avoir :

  • Pour le généraliste la possibilité d’assurer la gestion de l’urgence au sein de son cabinet
  • Pour l’urgentiste la possibilité de prendre en charge une pathologie théoriquement traitée par le médecin généraliste (« la bobologie »)

Il est important d’ailleurs de bien souligner que les anciennes générations de médecins généralistes détenteurs de la capacité de médecine d’urgence ont actuellement la possibilité, et la capacité, d’être à la fois urgentiste et généraliste.

De nos jours le cursus universitaire de la médecine générale, et celui des urgences dépendent de deux formations différentes, ce qui hypothèque toute possibilité au décours de sa carrière de changer de voie comme autrefois.

Le médecin urgentiste, un professionnel qui doit avoir la tête froide

La gestion du patient est parfois complexe, et l’urgentiste doit connaître lors d’un soin la priorité émanant de son intervention.

Il doit garder les idées claires, et avoir à l’esprit des organigrammes qui vont le conduire à prendre en charge de manière correcte le patient.

Bien entendu cela ne s’improvise pas, et la formation de ces soignants est la clé de voûte d’une prise en charge optimale.

Ce qu’il est important de souligner, c’est le fait que l’urgentiste doit rester impassible devant le patient, et ne pas être paniqué (le stress fait souvent perdre ses moyens et parasite son propre discernement) ce qui est parfois difficile.

Nous sommes parfois étonnés, et nous sommes admiratifs, lors de la rencontre de certains de ces professionnels qui ont la capacité, malgré un brouhaha incessant favorisé par la présence d’un public pas nécessairement aidant, de se concentrer sur le patient et assurer une prestation de qualité.

Ces soignants sont parfois critiqués, notamment par les personnes ayant des problèmes peu urgents, qui auraient pu être pris en compte par un médecin généraliste, du fait de leur manque d’empathie.

Nous pouvons comprendre plus ou moins de telles critiques, mais nous ne devons pas oublier qu’ils sont sous le feu de l’action, et du fait d’une pénurie de généralistes, ils ont une charge de travail souvent excessive.

Il est important de souligner que les urgentistes sont des êtres humains, et peuvent être en difficulté tant sur un plan moral que professionnel.

Cette situation est celle que peuvent vivre d’autres salariés ou chefs d’entreprises.

Toujours est-il que ces professionnels ne déméritent pas, et ils ont le privilège dans la plupart des cas de porter secours à des personnes en grande difficulté sur le plan médical.

Leur satisfaction est avant tout d’obtenir du résultat sur des situations parfois très critiques.

Il est également important de souligner que les urgentistes travaillent en équipe, et sont souvent assistés par des spécialistes qui gravitent autour d’eux.

Cela permet une gestion de patients parfois complexes.

Enfin le rythme de travail de ces professionnels est souvent harassant car ils doivent être sur le pont de jour comme de nuit.

Le médecin généraliste, un soignant avec plusieurs casquettes

Parallèlement le médecin généraliste est une sorte de couteau Suisse.

Le fait d’être libéral lui permet d’avoir une activité à la carte.

Ainsi certains travaillent à mi-temps, ou décident d’avoir un exercice particulier (médecins acupuncteurs, médecins qui privilégient la pédiatrie…).

La gestion de l’urgence varie en fonction des praticiens : certains en milieu rural le plus souvent assurent des actes d’urgence, tandis que ceux exerçant en ville ont plus de facilité de transférer rapidement les urgences vers une clinique ou un centre hospitalier proche.

Le médecin généraliste est souvent le médecin de famille, et il peut contourner certains obstacles (cas par exemple d’une dépression au sein d’une famille dysfonctionnelle) pour assurer des soins adaptés.

La connaissance d’une famille est un facteur qui permet d’éviter certaines dérives dans la prise en charge, mais a pour revers de ne pas nécessairement prendre en compte une plainte parfois sérieuse.

Même si le manque de généraliste est à l’origine d’une écoute moins attentive de certains patients, il est important de noter que ces soignants restent avant tout des confidents.

Nombre de ces soignants, malgré la charge de travail, n’a aucun scrupule à parlementer durant plus de 20 minutes avec certaines personnes en difficulté.

Il y a des décennies de cela il était possible de confier son désarroi auprès du voisin, ou d’un membre du clergé.

De nos jours cela est très difficile car les curés doivent administrer plusieurs paroisses, et de ce fait ne sont plus aussi disponibles.

D’autre part les voisins souvent individualistes refusent souvent d’ouvrir leur porte.

Il est important de souligner que le champ des connaissances est très étendu dans le domaine médical, et le généraliste peut être désorienté par une situation complexe, ce qui va l’amener à confier son patient à l’urgentiste.

Contrairement à l’urgentiste, la grande majorité de médecins généralistes assurent une prise en charge seuls des patients.

Il n’est pas très fréquent que des demandes concernant des cas difficiles soient partagées avec les confrères, cela même si plusieurs généralistes travaillent au sein du même établissement.

Un autre écueil taraude le praticien libéral : l’importance des documents administratifs qu’il est nécessaire de rédiger.

Alors que nos chers énarques répètent sans cesse qu’ils vont réduire cette charge, sur le terrain nous ne pouvons constater que c’est l’inverse.

D’ailleurs de nombreux libéraux choisissent de changer de casquettes au bout de quelques années d’exercice professionnel, et partent vers d’autres cieux ( des cabinets salariés notamment) pour se concentrer sur le patient, et non sur des documents administratifs qui doivent être remplis.

 

Au final les deux modes d’exercice (généraliste, et urgentiste) sont complémentaires, et ces deux types de soignants doivent s’épauler pour que les patients puissent recevoir des soins de qualité.

Il est fondamental pour le commun des mortels de savoir :

  • Que le taux de suicide avoisine les 44% au sein de cette catégorie de professionnels, ce qui est énorme par rapport aux autres métiers avec une plus grande vulnérabilité des femmes dans ce domaine
  • Que l’espérance de vie des urgentistes avoisine les 57 ans

Les médecins sont fragiles, ce que de nombreux patients n’arrivent pas à comprendre.

Ils doivent supporter une charge de travail de plus en plus conséquente avec des revendications parfois difficiles à prendre en compte.

Dr Pierre Frances

Médecin généraliste des Pyrénées Orientales depuis plus de 25 ans, mon travail s'axe sur plusieurs éléments: - La prise en charge des patients de mon secteur géographique - L'écoute et le soin des plus démunis au sein de 3 structures dédiées aux sans domicile fixe Très heureux, et passionné par mon métier, je peux de cette manière partager cette expérience avec des étudiants, mais aussi d'autres professionnels par le biais d'articles régulièrement rédigés

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